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Susam-Sokak

Turquie - Les racines du présent - Le blog d'Etienne Copeaux


Esquisse n° 48 - La guerre : les "protecteurs de village"

Publié par Etienne Copeaux sur 29 Mars 2014, 15:39pm

Catégories : #La Turquie des années 1990, #Kurdistan

Par le simple ajout de quelques phrases à une loi presque tombée en désuétude, le gouvernement Özal a instillé dans la société turque  des troupes paramilitaires qui existent et sévissent toujours, et dont le statut est flou et le nombre incertain. C'est un problème central pour la Turquie.

 

 

96.12.07 Köyluler korucu oldu

En décembre 1996, des villageois viennent de recevoir leurs armes

 

Depuis un siècle, dans l'est de la Turquie, les troubles se sont succédé presque sans discontinuité : la guerre sur le front russe, l'extermination des Arméniens, puis les milliers de rivalités qui ont surgi au moment de la mainmise des populations restantes sur les biens arméniens devenus vacants ; après 1923 la double expulsion de masse dite « grand échange » ; les troubles consécutifs au soulèvement kurde de 1925 et à celui du Dersim (actuelle région de Tunceli) en 1938... troubles qui n'ont ensuite pratiquement jamais cessé et ont motivé dans de nombreux départements de l'est l'établissement et le maintien d'un régime spécial.

La loi n° 442 sur les villages du 18 mars 1924 est révélatrice de la situation dans les campagnes turques juste après l'établissement de la république, alors que le pays vient de subir douze années de guerre, un génocide, l'expulsion de masse des orthodoxes et l'arrivée d'une population ignorante du pays, en somme une déstructuration totale de la société anatolienne qui est à proprement parler déboussolée.

La 8section de cette loi porte sur les « protecteurs » ou korucu (prononcer "koroudjou"). Elle stipule que tout village doit disposer d'au moins un korucu, et, au-delà de 1000 habitants, d'un supplémentaire par tranche de 500 habitants. Les protecteurs doivent être issus du village. Leur nom est proposé par le conseil des anciens, approuvé par le muhtar et par le sous-préfet. Le protecteur doit être âgé de 22 à 60 ans, être de bonne moralité, ne pas être mêlé aux différentes embrouilles et vendettas éventuelles.

La mission du protecteur, placé sous les ordres du muhtar (administrateur du village), est de défendre le village contre « les pillards et les bandits ». Pour ce faire il est doté d'une arme de guerre (art. 78 de la loi). En cas de nécessité il peut être assisté d'un ou plusieurs volontaires également armés. La sanction pénale d'une agression à l'encontre d'un protecteur qui n'agirait pas régulièrement est la même que s'il s'agissait d'un gendarme. 

Les circonstances dans lesquelles un protecteur peut faire usage de son arme sont précisées par l'article 77 de la loi : lorsque sa vie, ou celle d'une autre personne est menacée ; pour arrêter la course d'un criminel en fuite ; lorsqu'un criminel détenu s'échappe. Dans ces derniers cas le feu doit être précédé d'une sommation.

Ainsi les protecteurs ne sont pas de simples gardes-champêtres : dès le début de la république, l'Etat commence à déléguer ses fonctions de violence légale à des amateurs. Des bandes circulent, criminels de droit commun, ou reliquat d'opposants à la prise pouvoir par Mustafa Kemal, islamistes, puis kurdes, ou kurdes islamistes... Pour assurer la sécurité, le fusil de chasse n'est pas suffisant. 

En raison de l'aggravation du conflit kurde dans les années 1980, le gouvernement de Turgut Özal a décidé de réactiver l'institution des protecteurs de village. Le cadre juridique de 1924 conservé, il a suffi d'ajouter quelques annexes datées du 26 mars 1985 à l'article 77 de la loi, qui ont permis le recrutement de « protecteurs temporaires » (geçici korucular) dans les huit (puis treize) départements soumis à l'état d'exception (OHAL), « en nombre suffisant », sans autre précision, dans la limite théorique de 40 000 hommes, avec possibilité d'augmenter localement l'effectif dans la limite de 50 %. Mais les chiffres varient beaucoup, car, en réalité, il y a à partir de 1996 des « protecteurs » hors de l'OHAL, dans des départements « sensibles » comme la région de la côte pontique orientale, où le PKK a cherché à s'implanter.

A la fin de 1996, Radikal donne un chiffre dont la précision donne une apparence de véracité : 76 906 protecteurs dans l'OHAL et 29 autres « départements sensibles » 1 ; selon le même article, 14 872 de ces hommes étaient alors des « volontaires », engagés provisoirement comme auxiliaires selon les termes la loi de 1924. Les départements qui disposent des plus gros effectifs sont, sans surprise, Van (8000 hommes), Sırnak (7430) et Hakkari (7302). Mais les articles qui avancent de tels chiffres précisent rarement s'il s'agit de l'effectif total, incluant les « départements sensibles », les « volontaires », ou l'effectif des « protecteurs temporaires » au sens de la loi modifiée de 1985. Toutefois, les estimations sont toujours comprises entre 50 et 75 000 hommes, jusqu'à l'époque actuelle 2.

D'ailleurs, les korucu au titre de la loi de 1924/1985 ne sont pas les seules personnes armées par l'Etat ou avec son approbation : à partir de l'automne 1996, tous les fonctionnaires qui en font la demande obtenaient le port d'armes 3 ; et l'Etat a également fourni des armes aux chefs de tribus (agha) opposées au PKK qui en faisaient la demande 4. Cela fait beaucoup de monde : Hamit Bozarslan en évalue le nombre, vers 2004, à 100 000 hommes 5. C'est dire que depuis bientôt un siècle, l'existence du système des korucu contribue à la diffusion dans tout le pays d'un grand nombre d'armes, et à l'instauration d'une mentalité guerrière, machiste et violente.

 

Un recrutement nourri par la misère

 

Armés et rétribués par l'Etat, les protecteurs sont restés sous la responsabilité de l'administration civile locale, mais placés militairement sous les ordres de la gendarmerie. Celle-ci doit enquêter sur la conformité du profil des candidats, en principe pour empêcher le recrutement d'hommes trop jeunes et surtout de personnes liées à des affaires de vendetta ou de règlements de comptes entre familles ou tribus. Or, les services préfectoraux ne précisent jamais la mission qui doit être confiée aux protecteurs, ni les modalités de leur instruction militaire. Ces lacunes ont permis, contrairement à l'esprit de la loi, le recrutement de très nombreux hommes mêlés aux conflits tribaux ; car familles et tribus cherchent justement à placer leurs hommes, dans le but de régler leurs comptes sous couvert de l'institution des korucu. Ces pratiques ont été précocement dénoncées par la Commission d'enquête parlementaire sur les assassinats non résolus (1995) 6.

Quant à l'instruction militaire, il a fallu attendre 1997, soit douze ans après l'initiative de Turgut Özal, pour que l'Etat s'en inquiète, en la personne de la ministre de l'intérieur Meral Aksener répondant à une question écrite d'un député 7... sans que cela ne soit suivi d'effet. C'est dire que le type de formation militaire, superficielle ou très poussée à la façon des commandos, est à la discrétion des chefs locaux de la gendarmerie et proportionnel à la puissance des chefs de protecteurs (korucubası) qui peuvent être à la tête, à la fin du XXesiècle, de centaines d'hommes.

Dans un reportage paru en novembre 1996 dans Cumhuriyet, Miyase Ilknur a clairement exposé les implications du système des protecteurs dans la vie sociale 8. Elle y décrit les protecteurs comme les « rentiers du terrorisme ». Par rapport aux conditions de l'époque, ils ont tout pour être satisfaits et toutes les raisons de souhaiter que le conflit s’éternise. Les régions du sud-est sont misérables, l’agriculture et l’élevage ont été anéantis par la guerre, l’état d’exception, le couvre-feu entravent les transports et le commerce, le chômage touche presque tout le monde. Par exemple, dans le département de Mus, le plus pauvre du pays, 40% de la population ne travaille pas ; près de la moitié des 487 écoles sont fermées, une grande partie de la population subit une émigration forcée. Le revenu annuel moyen par habitant est de 654 dollars, et la population s’accroît chaque année de 20%. Près de la moitié est analphabète. Il n'existe que huit entreprises industrielles dont une seule, une sucrerie, fonctionne. Les infrastructures, notamment de santé, sont toutes nettement insuffisantes 9. Comment, dans ces conditions, ne pas être attiré par un statut proche du fonctionnariat, un salaire régulier, l'autorité et le prestige conférées par la détention d'une arme de guerre ?

Depuis octobre 1996, les familles des protecteurs bénéficient de la sécurité sociale et du système de santé militaire (soins gratuits), quel que soit leur lieu de résidence. Souvent, les jardins et champs abandonnés leur sont concédés. Ainsi les protecteurs sont-ils matériellement attachés à la cause qu’ils sont censés défendre ; fait reconnu par les autorités, la plupart ont tout intérêt à ce que la situation reste indéfiniment troublée 10.

Les protecteurs sont en principe des volontaires, mais on sait bien que, dans tout conflit, la population civile est sommée de choisir son camp – ici, le PKK ou l'Etat. Des pressions de toutes sortes, dont celles de la gendarmerie elle-même, peuvent amener un villageois à s'engager. En 2014, lors d'un panel organisé par l'ONG Mazlum-Der à Diyarbakır, un habitant du village de Roboski, dont le fils a été tué lors du massacre du 28 décembre 2011, a témoigné : « En 1993 le colonel Ferit nous a rassemblés dans la cour de la gendarmerie et a réclamé des volontaires pour un corps de korucu. Notre village avait été détruit. Nos bêtes avaient été tuées. On a bien été obligés d'accepter. Nous étions quarante, vingt à trente d'entre nous ont accepté » 11.

Les pressions viennent aussi de la tribu, renforcées par le clientélisme politique et surtout la misère. De leur côté, les villageois espèrent, souvent bien à tort, que la présence de korucu va éloigner les misères de la guerre ; en particulier, les combattants du PKK pratiquent des réquisitions et extorsions, pour lesquelles ce sont les villageois qui sont sanctionnés en tant que fournisseurs d'une « assistance aux terroristes ». Chacun sait bien que la présence de korucu signifie également des exactions de leur part, mais elle est souvent perçue comme un moindre mal. Ainsi, fin juillet 1996, Sabah enquête parmi des familles qui ont vécu des déplacements successifs : l'une d'elles a fui la Turquie deux ans plus tôt pour se réfugier dans le camp d'Atrus, en Irak ; là, raconte l'un d'eux, il a vu « la réalité du PKK » ; il a dû subir l'entraînement militaire (« l'apprentissage du terrorisme », comme l'écrit le journaliste). Il a pris la fuite avec sa famille qui a été accueillie, du côté turc, dans un camp de réfugiés près de Siirt. Le plus cher souhait de cette famille, désormais, était de rentrer au village : « Si nécessaire, dit le réfugié, nous accepterons même de faire protecteurs de village » 12. Il est possible que tout soit faux dans ce reportage, qui visiblement fait partie de la propagande de l'armée ; il dépeint tout de même les tribulations, les misères et la lassitude, qui peuvent pousser à accepter une situation non désirée, scabreuse, mais qui procure un statut et des avantages.

Vers 1996, environ trois mille villages avaient été évacués ou détruits, le plus souvent par l'armée. Pour la population, le désir de rentrer chez soi est fort, même quand les maisons ont été détruites. Mais le retour au village est soumis à l'autorisation de l'armée, et à la condition, justement, d'accepter la présence de korucu, ou de s'enrôler. Ainsi ceux du village de Yavrucak, situé entre Van et Hakkari, à 2500 m d'altitude, ont été sommés par le PKK de choisir leur camp. Ils ont refusé, raconte le reporter de Milliyet, et ont dû fuir. Plus tard, les autorités les ont autorisés à revenir, mais ils ont dû accepter la présence de 42 korucu, c'est-à-dire que leur village est devenu une véritable place forte, et qu'il risquait en conséquence d'être la cible d'une attaque 13.

Les villages qui refusent de fournir des protecteurs sont stigmatisés. Leurs habitants sont soupçonnés de « soutenir le terrorisme », subissent des pressions, voire des violences et souvent doivent alimenter le flot de l’émigration. Les villages « protégés » sont signalés par un drapeau turc qui flotte sur le plus haut bâtiment ou un sommet proche, comme s'ils étaient pris à l'ennemi. Les autres sont considérés comme traîtres et exposés à la méfiance et à l'hostilité de toutes les « forces de sécurité », voire à la destruction. Il faudra alors migrer pour une grande ville où l'on trouvera, de toute façon, les mêmes clivages, les mêmes conflits et les mêmes dangers au sein du gecekondu 14. Là, on se retrouve devant les mêmes choix forcés. Il est donc difficile de refuser d'entrer dans le corps des korucu. C'est une situation qui incite à la duplicité et, de fait, comme le souligne le rapport parlementaire de 1995, de nombreux korucu portent aide et assistance aux rebelles tout en touchant armes et salaire de l'Etat.

Aujourd'hui toutefois, la montée en puissance des partis pro-kurdes légaux, comme le BDP et sa branche en Turquie occidentale le HDP, devraient permettre à ses membres et sympathisants le refus de ces choix binaires en exprimant tout simplement le refus de la guerre et de toutes ses violences, d'où qu'elles viennent.

 

Les protecteurs et le système tribal

 

Fatalement, le système des protecteurs a renforcé la structure tribale de la société anatolienne, ainsi que les revenus des tribus qui collaborent. Dans ces régions, c'est le chef de tribu qui décide pour l'ensemble. En cas d'adhésion au système des korucu, c'est à lui que sont fournies les armes et versées les indemnités de ses hommes. Les prises de position par rapport à ce système peuvent engendrer des guerres tribales interminables : sous couvert de lutte contre le PKK, ce sont souvent deux tribus qui s’affrontent, pour des questions de territoire ou de contrôle d'un trafic.

Ainsi, dans la région de Dargeçit (département de Mardin), considérée comme une « base du mouvement terroriste », deux tribus se partageaient le territoire, les Baskıl et les Arabi. En 1996, la première a refusé d'entrer dans le système de protection et en conséquence a dû quitter la région 15. Je rappelle ici le cas de la tribu Medina, évoqué dans un autre article, qui à force de pressions de la tribu rivale et de l'Etat, a dû migrer, toujours en 1996, dans un bidonville de Diyarbakır 16. Inversement, la tribu des Bucak établie autour de Siverek, célèbre depuis l'éclatement du scandale de Susurluk, a acquis sa puissance par son engagement au service de l'Etat. Le sous-préfet de Siverek, interrogé par Senay Kalkan, a été net : ceux qui ne prennent pas les armes se déclarent contre l'Etat 17.

L’appartenance tribale coïncide également avec une affiliation à un parti, souvent le parti d'extrême-droite MHP, qui a fait de la lutte contre le PKK son principal cheval de bataille ; ou, dans les années 1990, le DYP 18, dont Sedat Bucak, le chef de la célèbre tribu, était député au moment du scandale de Susurluk. A cette époque, à Mardin et dans d'autres villes du département, le siège du MHP était le bâtiment le plus éminent. Les dirigeants locaux du parti étaient en même temps chefs d’unités de protecteurs, et souvent chefs de tribus. A Mydiat, à l’est de Mardin, Süleyman Çelebi, chef de la tribu Çelebi, avait sous ses ordres 1500 protecteurs 19. Ces chefs de guerre ponctionnent une partie du salaire de leurs hommes, comme le souligne également le rapport parlementaire de 1995 : c’est bien plus profitable que l’agalık, les revenus de la propriété latifundiaire. L'argent encaissé par l'agha est un capital qui peut servir de mise dans un trafic d'armes ou de drogue. La richesse de la tribu en est multipliée, tandis que les violences engendrées par les trafics s'ajoutent à celles de la guerre. Le système de la « protection » est donc un facteur important de la pérennité du système social du sud-est : il nourrit le tribalisme, constitue un terreau pour l’extrême-droite, le militarisme et la violence. Beaucoup n’ont pas intérêt ni envie que la question kurde soit résolue.

 

Amateurs dangereux

 

Il est effrayant de voir, par les photos dispensées dans la presse de la fin du siècle, à quel point des armes de guerre, dangereuses et destructrices, sont confiées à des hommes qui n'ont aucune expérience des armes ni du combat. Par exemple, sur une photo publiée par Sabah en juin 1996, dix hommes en tenue civile, mais tous armés d'une kalachnikov, posent fièrement devant des maisons en ruine. La légende dit : « Les citoyens qui sont revenus au village ont en permanence le doigt sur la gâchette en prévision d'une attaque du PKK : 'L'ennemi ne remettra jamais les pieds ici' ». Dans des journaux comme Milliyet, Hürriyet ou Sabah, les rédacteurs ne prennent aucune distance avec le sujet. Ce genre de scène est décrite dans le langage officiel, avec les mots que pourrait employer un attaché de presse de l'armée. Les photos étant rarement signées, il s'agit probablement de documents fournis par les « forces de sécurité », accompagnés de leur commentaire, comme une « prière d'insérer ». Ainsi de Sabah à Türkiye en passant par Zaman, le discours est identique, qu'il soit iconique ou textuel, et seul Radikal tente, parfois, d'échapper à ce contrôle en distillant dans les légendes un peu de critique ou d'ironie.

Une photo publiée dans Türkiye en février 1997 s'intitule « Le PKK ne passera pas » ; sur l'image, une quinzaine de protecteurs sont alignés le long d'une route, armés de kalachnikov, dans un paysage de montagne hivernal ; ils ne portent aucune marque distinctive. Parmi eux se trouve même un enfant. Selon la légende, « les villageois ont choisi parmi eux des protecteurs pour se défendre contre le danger sécessionniste. Ils ne laisseront pas passer le PKK. La sécurité des routes et la chasse aux terroristes a été confiée aux villageois armés jusqu'aux dents. Mais ils se plaignent du manque d'intérêt des médias... » L'homme au premier plan, cigarette à la bouche, vêtu d'un manteau, prend une posture de western. Il s'est tourné vers le photographe de manière à figurer de trois-quart, occupant une bonne partie du champ de l'image. L'ensemble de ces hommes ne dénote aucune impression de tenue ou de discipline.  

 

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D'autres exemples frappants viennent des régions pontiques, où l'on a craint, en 1996-1997, une extension du conflit du sud-est, le PKK cherchant à élargir ses bases et faire la jonction avec des groupes d'extrême-gauche. Ainsi, à l'automne 1997, le sous-préfet d'Aybastı (département d'Ordu) a fait procéder à l'évacuation de 180 fermes isolées dans les pâturages d'altitude, et distribuer 250 pistolets mitrailleurs aux protecteurs volontaires des villages d'Aybastı, Mesudiye, Gölköy. Le terme employé est bien « distribution » dont on ne sait sur quels critères elle est faite. Les fonctionnaires disposent-ils de listes de personnes habilitées, selon leur formation militaire, leur appartenance politique ou tribale ? L'information figure dans Milliyet du 4 septembre, et dans Cumhuriyet du 23. La différence de date révèle qu'il ne s'agit pas pour les journaux de rapporter un événement précis, mais de répondre plus ou moins docilement à une demande officielle. Les photographies de la « distribution » d'Aybastı, non signées, ont été diffusées dans la presse, sans doute par les services officiels ; elles servent de représentation iconique de l'événement plus large qu'est la militarisation de la région pontique, le renforcement de la présence de l'armée, la mise en place de détachements d' « équipes spéciales » (özel tim) et la multiplication des protecteurs. Sur les photographies, le sous-préfet pose lui-même avec une kalachnikov et fait mine de viser un ennemi imaginaire. D'autres civils font de même, fièrement.

 

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Photo publiée par Milliyet, 4 septembre 1997

 

Au cours de cet automne 1997, d'autres photos d'un type assez fréquent nous montrent de jeunes hommes armés de fusils déambulant sur les chemins, qui ont l'air de simples groupes de chasseurs. Ce sont des villageois de régions à forte composante alévie à qui l'on a confié des fusils à pompe : « Dans la région [d'Ordu], dit un commentaire, le PKK cherche à créer des tensions entre alévis et sunnites. Mais chacun est prêt, l'arme à la main, à défendre son village. Avec les alévis, nous avons toujours vécu en frères. Dites-leur qu'ils peuvent nous faire confiance, soyons unis contre le PKK » 20.

 

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Photo publiée par Milliyet, 5 septembre 1997

 

Le plus souvent, ceux qui figurent sur les photographies sont des villageois pauvres. Ils sont pris en tenailles par la guerre, victimes d'un camp ou de l'autre. La plupart ne peuvent plus vivre de leurs occupations habituelles, l'agriculture ou l'élevage pastoral. Les commerçants et artisans eux-mêmes sont ruinés. Voici que pour la première fois, ils obtiennent un peu de considération, d'argent, et la puissance du feu.

La possession d'une arme transforme un homme, et la satisfaction est visible sur une extraordinaire photographie, non référencée, publiée par Radikal en octobre 1997, illustrant un article intitulé « Le roi des montagnes » ; une vingtaine de villageois, alignés, prennent la pose avec des armes de guerre, M16 américains et kalachnikov. L’un d’eux, au centre du groupe, sourcils froncés, s’est mis fièrement en position de tir. Les deux hommes de gauche affichent une joie presque infantile. Les autres, en particulier le barbu qui s'est tourné vers le photographe, tiennent leur arme brandie en l’air, la crosse sur la hanche, doigt sur la gâchette 21.

 

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Photo publiée par Radikal, 6 octobre 1997

 

Ils reproduisent cette pose pour la connaître parfaitement : c’est un modèle de monument patriotique stéréotypé, dû au sculpteur Sait Rüstem, le « monument au soldat » (Mehmetçik anıtı) présent dans les haut lieux militaires, toujours inauguré en grande pompe et reproduit à l’envi dans la presse 22.

 

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Photo publiée par Radikal, 2 septembre 1998

 

L'encadrement légal de ces amateurs est tellement flou que l'unité d'auto-défense « populaire » peut facilement glisser vers l'organisation paramilitaire aux marges de la milice tenue par des chefs politiques, tribaux, voire mafieux. L'amateurisme qui caractérise les images citées plus haut laisse la place, souvent, à un professionnalisme de tueurs qui n'est pas maintenu dans des limites précises par un encadrement militaire rigoureux – qui, d'ailleurs, comme on sait, ne suffit pas à empêcher les débordements de violence. La haine des « séparatistes » n'est plus la seule motivation des miliciens ; s'y ajoutent l'ultra-nationalisme et, souvent, l'avidité.

Parmi les photos inquiétantes, citons celle que propose Sabah le 16 octobre 1996. L'article annonce la création d' « unités spéciales » de protecteurs (özel korucu timi) dans la région de Van. Il n'explique pas quel est le statut de ces hommes qui ressemblent en effet, par leur tenue et leur faciès, à ceux des redoutables « équipes spéciales » (özel tim) et qui sont, eux, des policiers très entraînés. La photo montre à quel point les dispositions légales, d'ailleurs très vagues, ont été dévoyées.

 

96.10.16 Rambo gibi sa

Sabah, 16 octobre 1996

 

Photographié de face et en pied, le premier de ces hommes paraît redoutable, par son fusil d'assaut et ses cartouchière croisées sur la poitrine, surtout peut-être par son faciès et sa moustache de Loup gris. Un talkie-walkie en poche, les yeux légèrement plissés, béret bien campé sur la tête et vêtu d'un treillis, il est sans doute le chef des hommes postés derrière lui, aux tenues disparates mais tous moustachus. Aucun signe distinctif d'unité ou de grade n'est visible sur ces hommes qui, selon la légende qui ne prend aucune distance avec le sujet, « ont juré d'exterminer le PKK ».

Un degré supplémentaire a été franchi avec la création, toujours à partir de la loi sur les korucu, de vraies troupes paramilitaires, nombreuses, très entraînées et bien armées, de véritables troupes de tueurs. On ne peut plus croire qu'il s'agisse de la protection d'un village lorsqu'on considère la célèbre unité Simsek (« la Foudre »), créée à la fin de 1996 avec 200 hommes par Saban Kahraman (ce patronyme signifie « le héros »), et dont l'effectif a atteint 800 hommes en 1998 23 ! Cette milice a été organisée et utilisée non pour la défense mais pour le combat. Les hommes ont été fournis par deux tribus, les Özbek et les Alan, tribus kurdes alévies de Güdeç (Tunceli). D'après son chef s'exprimant en 2009, l'unité Simsek aurait participé à 45 opérations militaires 24.

 

98.11.13 Öncü birlik détail mlt

Milliyet, 13 novembre 1998

 

Sur la photo de Milliyet, un groupe d'une trentaine d'hommes des Simsek sont alignés, l'arme au pied, en treillis militaire, la plupart coiffés d'une casquette Bigeard ; beaucoup portent des cartouchières croisées sur la poitrine. Tous les visages sont oblitérés d'une moustache tombante à la manière des Loups gris. Certains sont détendus, souriants, et plaisantent, mais ceux de gauche guettent avec inquiétude l'arrivée imminente d'une autorité : ils se préparent pour une revue. Un pas en avant, un homme jeune en civil, vêtu d'un blazer et cravaté, sourit d'un air satisfait sous une grosse moustache : c'est Saban Kahraman, leur chef.

Milliyet présente en fait deux images, un avant et un après. Sous la photographie des guerriers, l'autre expose une dizaine de cercueils alignés et revêtus du drapeau turc, entourés d'hommes en pleurs : en novembre 1998, la milice des Simsek a été durement touchée au cours d'un combat avec le PKK, dans le village d'Uzuntekne, près de Çatak, au sud du lac de Van. Quatorze miliciens ont été tués. La vengeance de la troupe, selon Milliyet, a été terrible : au cours de l’opération qui a suivi, menée conjointement avec l'armée, ces hommes ont tué 48 combattants du PKK et pris de nombreuses armes et munitions.

Après de telles « opérations », les suites peuvent être sans fin ; le 21 mai 1999, un groupe de treize combattants du PKK a attaqué le domicile du chef des Simsek dans le centre de Van. Un korucu, garde du corps de Kahraman, a été tué, un autre gravement blessé. L'affrontement a duré une demi-heure, en pleine ville, et a été suivi d'arrestations. Hürriyet rappelle que la milice Simsek a probablement tué environ 250 « terroristes » en quatre ans, et perdu 18 « martyrs ». Après l’affrontement, Kahraman a déclaré : « Le PKK ne nous aura pas avec ce type d'attaque. Nous allons continuer notre combat. A Van, le PKK se sent à l'étroit désormais, ils veulent s'en prendre à ma famille pour l'anéantir mais mes korucu les en ont empêchés ; il y avait 20 personnes à la maison au moment de l'attaque. Le PKK le paiera cher25 ».

On comprend qu'après plusieurs années de guerre, d'entraînement intensif, de combats fréquents dans les montagnes, ces unités paramilitaires, dotées d'armes puissantes, soient devenues des commandos semi-professionnels. Mais à la différence des vrais militaires, ils sont peu payés. Ce qui était un revenu appréciable pour un paysan misérable est perçu comme une aumône pour un milicien entraîné. Il est tentant de chercher à s'enrichir par des moyens qu'offre la guerre : rapine, exactions, confiscations, trafics, revente d'armes, confiscation et revente des terres abandonnées par les villageois ayant pris la fuite... Dans son livre sur le sujet (2007), Berivan Tapan dresse une liste impressionnante et évidemment non limitative des violences et exactions dont des korucu ont été les auteurs. Le lucre n'était pas le seul objectif puisqu'on compte de nombreux enlèvements de jeunes femmes et de viols 26. Malheureusement, douze ans avant Tapan, le rapport parlementaire sur les assassinats non résolus dénonçait déjà les mêmes violences.

Les armes sont partout

Tout cela conduit à une militarisation et une brutalisation de la société 27. Les protecteurs sont partout et servent à tout. Il se sentent investis d'un devoir important, et ressentent leur position, leur fonction et leurs actes comme légitimes et nécessaires à la sécurité du pays. Ils sont fiers et prennent des poses avantageuses. Ils sont soldats sans uniformes mais leur tenue s'uniformise : treillis militaire, casquette Bigeard, et moustache, ce qui, de plus en plus, les fait ressembler aux membres des « équipes spéciales ». Avec ces derniers, ils forment une armée parallèle qui dispose d'ailleurs de centaines de tueurs étroitement contrôlés et manipulés que sont les « repentis » (itirafçı), membres du PKK capturés, retournés et utilisés pour les basses besognes, notamment les exécutions extra-judiciaires 28.

Ces différents corps plus ou moins organisés entretiennent une telle confusion que, dans la presse, dans le langage officiel et même le langage courant, on ne dit plus « l'armée » ou « la gendarmerie » mais « les forces de sécurité » (güvenlik güçleri), expression qui couvre toute force armée au service de l'Etat. Par exemple, lors des célébrations de la fête nationale à Diyarbakır en 1996, l'armée et la police ne suffisaient pas pour « garantir l'ordre » ; sur l'illustration proposée par Radikal, la clique de musique militaire défile devant un public qu’on devine à peine tout au fond. Au premier plan, à gauche, un militaire ou gendarme en uniforme, tenue de combat, béret bleu. Et crevant l'image, deux hommes sans uniforme ni aucune marque d’appartenance tiennent leur fusil d’assaut brandi, doigt sur la gâchette 29.

 

96.10.30 rd terör gölgesi

Radikal, 30 octobre 1996

 

En janvier 1997, ce sont encore des hommes sans uniformes qui viennent accueillir et protéger un conseil des ministres réuni exceptionnellement à Agrı, à l’extrême est du pays. Milliyet fait de ces hommes le sujet principal de l’illustration de l'événement : le cliché représente le préfet posant devant l’aéroport, accompagné de trois hommes armés de pistolets mitrailleurs, dont un très jeune, presque adolescent. Ils ont peut-être bénéficié d’une courte instruction, car ils tiennent leur arme presque réglementairement. On confie aux korucu des tâches très officielles, au moins pour la photo : constitue-t-elle un message de confiance aux protecteurs, au « peuple » ? 30.

 

97.01.02 Afirı havaalanı mlt - copie

  Milliyet, 2 janvier 1997

 

Les korucu sont dans l'Etat, mais ils protègent de la même façon tous les pouvoirs, surtout peut-être celui des chefs de tribus. Sabah s'amuse d'un agha très pauvre dont le « palais » est une maison sans étage ressemblant à toutes celles du village... mais il est protégé « comme un premier ministre » par trois gardes qui prennent des poses de Rambo pour la photo.

Plus impressionnante, bien sûr, est la garde rapprochée de la famille Bucak, à Siverek. Ses membres se sont laissés photographier dans la grande maison Bucak. Ils sont si nombreux qu'une partie s'est groupée sur deux rangs au rez-de-chaussée, une autre dans l'escalier et le long de la galerie du premier étage : un beau cliché qui a nécessité un objectif grand angulaire et constitue une  galerie de portraits de vrais ou faux combattants dont certains sont très jeunes, redoutables ou comiques. Certains ont pris des postures de western, d'autres présentent leur arme comme au régiment, d'autres encore font mine de viser un assaillant imaginaire. Leurs tenues sont disparates, beaucoup sont couverts du keffieh, ce qui en fait de vrais personnages de films, et tous exhibent des armes qui ne sont pas des pétoires. Que des chefs locaux et les gardes eux-mêmes s'exposent ainsi devant un photographe de presse est significatif : ceux qui disposent de la force et s'entourent de gens armés, et ceux qui tiennent les fusils eux-mêmes, se sentent parfaitement légitimes 31.

 

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Yeni Yüzyıl, 13 novembre 1996

Une catastrophe pour la société turque

Lorsque, au cours de l’été 1997, le pouvoir du Refahyol a été remplacé par une coalition centre-droite/centre-gauche (Anasol), les commentateurs de la presse quotidienne commençaient d'évoquer une fin possible de l’OHAL et du système des protecteurs. Le rapport parlementaire de 1995 sur les assassinats non résolus en préconisait la suppression. Mais comment en sortir, s’interrogeait Rezzak Oral dans Milliyet 32 ? Les violences et extorsions commises par les protecteurs avaient suscité de fortes animosités parmi la population civile. Il n’existait aucun inventaire des armes. Meral Aksener, ministre de l'intérieur, avait elle-même avoué que plus de 22 000 armes « d’origine indéterminée » avaient été distribuées 33. On pouvait s’attendre à ce qu’une grande partie de ces armes ne soit jamais rendue. Forts de leur expérience de combat, les protecteurs pouvaient très bien continuer leur existence de spadassins en vendant leurs services aux chefs de tribus et aux réseaux mafieux. Il n'existait aucune alternative qui fasse l'unanimité. On craignait même, en cas de suppression de l'OHAL, l'instauration d'un état d'exception officieux qui ne dirait pas son nom (örtülü) et ne serait dès lors même pas contrôlable. Selon Milliyet, en 1997, la moitié des 45 000 protecteurs recensés étaient impliqués dans des affaires de droit commun et avaient maille à partir avec la justice ; 296 d'entre eux étaient déjà inculpés d’assassinats, et des dizaines d'autres d'enlèvements, de trafic d'armes ou de stupéfiants... Plus grave encore du point de vue de l'Etat, des milliers de protecteurs faisaient double jeu avec « l'organisation terroriste », ou avaient rejoint ses rangs, avec leur arme 34.

Douze ans plus tard, en 2009, rien n'était résolu. Pire, le gouvernement procédait encore au recrutement de 10 000 protecteurs 35 ; en mai de cette année-là, un drame choquait profondément le pays, l'attaque d'une noce se déroulant dans la tribu des Çelebi, au village de Bilge (Mardin), par des hommes puissamment armés ; 44 personnes, dont 17 femmes et 6 enfants, trouvaient la mort. Il fut prouvé que les armes des assaillants avaient été attribuées à des protecteurs. Le drame a relancé le débat sur les korucu, en vain.

Ainsi, par le simple ajout de quelques phrases à une loi presque tombée en désuétude, le gouvernement d'Özal et tous ceux qui lui ont succédé, quelle que soit leur orientation politique, ont transformé la société turque par l'infusion en son sein de paramilitaires dont le statut est flou et le nombre incertain. Au cours des années de guerre, et particulièrement en raison de la multiplication des exécutions extra-judiciaires puis du scandale de Susurluk, cette mesure a été au moins aussi controversée que la création des « équipes spéciales », et très dangereuse pour la société turque. Elle est centrale dans la gestion de la guerre par Ankara, elle reste centrale pour la Turquie.

 

Articles connexes :

 

Esquisse n° 38 - La guerre : une décennie particulière, 1991-1999

 

Esquisse n° 39 : La guerre - Les équipes spéciales (Özel tim)

 

Notes :

1 Pervin Kaplan, « Korucu degil, suç örgütü [Ce ne sont pas des protecteurs mais une bande de malfaiteurs] » , Radikal, 27 novembre 96.

2 Selon Erdal Safak, Sabah, 9 mai 2009.

3 Ce sont les memur korucu ; Sabah, 16 octobre 1996.

4 Selon Salim Ensarioglu, ministre d'Etat responsable pour le Sud-Est dans le gouvernement Refahyol, interrogé par Türkiye, 20 avril 1997.

5 Hamit Bozarslan, Histoire de la Turquie contemporaine, 2004, p. 74.

6 TBMM Faili Meçhul Siyasi Cinayetleri Araştırma Komisyonu Raporu, p. 45. Ce rapport est paru en librairie, présenté par Fedai Erdog, éd. Gizli Saklı, 2005. Egalement disponible en ligne : www.tbmm.gov.tr/sirasayi/donem19/yil01/ss897.pdf.

7 Radikal, 14 mars 1997.

8 Miyase Ilknur, « Terörü yenen kent Mardin - Terörün rantını korucular yiyor », Cumhuriyet, 17 novembre 1996.

9 Perihan Çakıroglu, « Mus 'pembe''yi tanımıyor », Milliyet, 11 octobre 1997.

10 Comme le préfet d'Ordu, interviewé par Isık Kansu et Erdogan Erisen, Cumhuriyet, 23 septembre 1997.

12 Ugur Sevkat, « Atrus'tan kaçan kaçana », Sabah, 30 juillet 1996.

13 Nazim Alpman, « Köye dönüs hayali », Milliyet, 18 juillet 1996.

14 Quartier d'habitat précaire, fait de constructions hâtives et illégales.

15 Miyase Ilknur, « Terörü yenen kent Mardin », Cumhuriyet, 15 novembre 1996.

16 Sabah, 6 janvier 1997.

17 Esin Dalay, « Bucak asireti reisi ve DYP Urfa Milletvekilli Sedat Bucak’a göre çözüm silahta », Yeni Yüzyıl, 23 août 1996 ; et Senay Kalkan, Radikal, 22 novembre 1996

18 Dogru Yol Patisi (Parti de la Juste Voie), dirigé par Tansu Çiller, vice-première ministre de juin 1996 à juin 1997.

19 On a beaucoup parlé de cette tribu en 2009 lorsque 44 personnes ont été tuées au cours d'une noce. L'événement avait relancé les controverses sur le système des protecteurs et la banalisation des armes et de la violence

20 Milliyet, 5 septembre et 1, 6 et 25 octobre 1997.

21 Radikal, 6 octobre 1997 ; voir aussi Milliyet, 25 octobre 1997

22 Par exemple 15 juin 1998 et 2 septembre 1998, ensemble de la presse quotidienne. La statue du mehmetçik est identique , que ce soit dans les jardins du haut commandement de la gendarmerie, ou ceux de l’État Major général à Ankara.

23 « Savas gibi çatısma », Milliyet, 13 novembre 1998.

24 Osman Bekleyen, « Koruculardan 'Koruculuk kaldırılsın' tartısmasına tepki », Radikal, 10 mai 2009:

http://www.radikal.com.tr/turkiye/koruculardan_koruculuk_kaldirilsin_tartismasina_tepki-935244

26 Berivan Tapan, Terörün Bekçileri, 2007, pp. 139-148.

27 Sümbül Kaya reprend cette expression de George L. Mosse, auteur de De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes, Paris, Hachette, 1999. Cf. Sümbül Kaya, « La production militaire du citoyen. Sociologie politique de la conscription en Turquie », thèse de doctorat de l'université de Paris-I soutenue en novembre 2013.

28 Zeki Ayik, « PKK confessors turn into state hitmen », Turkish Daily News, 17 janvier 1997. (http://www.hurriyetdailynews.com/pkk-confessors-turn-into-state-hitmen.aspx?pageID=438&n=pkk-confessors-turn-into-state-hitmen-1997-01-17).

29 Radikal, 30 octobre 1996, photo agence UBA.

30 Milliyet, 2 janvier 1997.

31 Sabah, 5 janvier 1997.

32 Rezzak Oral, « Güneydogu'da sonbahar. Toprak Yerine Fabrika », Milliyet, 16-18 septembre 1997.

33 Réponse de Meral Aksener à une question écrite du député de Manisa, Radikal, 14 mars 1997.

34 « 21 yılda 5 bin köy korucusu suça karısmıs », Radikal, 27 juillet 2006.

35 Nilay Vardar, « Que faire des protecteurs de village ? », Courrier International, numéro hors-série « Où va la Turquie ? », mars-avril-mai 2014, pp. 46-47 [originellement publié le 16 avril 2013 par l'agence bianet].

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