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Susam-Sokak

Turquie - Les racines du présent - Le blog d'Etienne Copeaux


Cher Mutlu,

Publié par Etienne Copeaux sur 17 Février 2020, 09:14am

Cher Mutlu,

Cher Mutlu,

 

Depuis que tu es en prison j'ai l'impression de bénéficier d'une chance indue, d'être un privilégié et d'avoir des avantages dans la vie qui auraient pu, après tout, ne pas me toucher.

Je me demande parfois ce qui me manquerait le plus si j'étais dans ta situation.

Pouvoir sortir, bien sûr.

Pouvoir, comme cela m'arrive souvent, marcher jusqu'à un sommet des environs, et prendre mon temps pour considérer le paysage. Détailler tous les sommets visibles, aussi éloignés soient-ils, et profiter de la chance de pouvoir les nommer, tous.

Tous ces sommets que j'ai fréquentés depuis des décennies, non seulement je peux les nommer mais je sais comment y parvenir, par quels chemins, quelles vallées, et nquels cols franchir. Evaluer également le temps et la fatigue à dépenser. Et je peux imaginer aussi ce que je peux voir, de chacun de ces sommets.

C'est peut-être à cela que je penserais si j'étais entre quatre murs, je m'évaderais en pensée. Plus loin, plus haut que les montagnes. Comme dans le poème « Elévation » de Baudelaire que tu connais sans doute :

« Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées / Des montagnes, des bois, des nuages, des mer, / Par-delà le soleil, par-delà les éthers, / Par-delà les confins des sphères étoilées, / Mon esprit, tu te meus avec agilité, / Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde, / Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde / Avec une indicible et mâle volupté ».

Facile à dire ! Pour qui est en liberté.

 

Tout ce que je peux voir, depuis un sommet, me rappelle des épisodes de ma vie, les époques et tout ce qui s'y rapporte. Devant un paysage connu et bien connu, je suis devant une bonne partie de ma vie.

 

Mais il y a aussi les paysages qu'on ne voit plus et qui restent en tête, et chaque fois que je peux penser à la Turquie et à Istanbul, je vois les paysages réels de ces années passées, souvenirs vivants qui font que, malgré tout, je me sens aussi chez moi à Istanbul.

Comme les sommets de mes paysages, j'ai des souvenirs qui surpassent les autres, mais plutôt que des montagnes, ils ressemblent aux vagues d'une mer agitée, car ils bougent et se déplacent selon les circonstances.

Alors quand je pense à toi Mutlu, je vois des sommets qui sont nos rencontres, et je me remémore le chemin et les circonstances qui nous ont permis de nous voir, de faire connaissance, de bavarder un peu.

 

Dans quelques jours, ton procès.

J'espère, nous sommes si nombreux à espérer, qu'il se conclura par un acquittement. Et que tu pourras passer dans l'autre sens tous ces murs, et pas seulement ceux de la prison, et que nous pourrons à nouveau, nous tous, parler de la liberté et de la paix, et que nous pourrons revoir ton sourire autrement qu'en image.

A bientôt Mutlu, je t'embrasse ainsi que tous tes camarades,

 

Etienne

 

Cher Mutlu,
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