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Susam-Sokak

Turquie - Les racines du présent - Le blog d'Etienne Copeaux


Le discours d'Erdogan à l'aéroport d'Istanbul, 6 juin 2013 (en français)

Publié par Trad. E. Copeaux sur 8 Juin 2013, 09:37am

Catégories : #Gezi et ses suites

Allocution du Premier ministre R.T. Erdogan, à l'aéroport d'Istanbul, le 6 juin 2013 au soir.

Il s'agit du texte intégral, traduit par mes soins, publié le 7 juin 2013 à 9h28 sur le site officiel du parti AKP. Des erreurs de traduction sont toujours possibles. Pour vérifier sur la version en turc : http://www.akparti.org.tr/site/haberler/basbakan-erdoganin-ataturk-havalimaninda-yaptigi-konusmanin-tam-metni/45643

Voir l'allocution sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=KZfZhmhydDY

« Chers Stambouliotes, chers compagnons,

Je vous salue affectueusement, en même temps que je salue tous nos concitoyens qui nous regardent en ce moment sur leurs écrans de télévision. Je vous remercie pour l'émotion et l'esprit de décision sans faille dont vous faites preuve au cœur de cette belle nuit d'Istanbul. »

« Mais ce soir, je salue aussi tous ceux dont le souffle anime les villages et les villes de la république de Turquie. Je salue toutes celles qui restent droites en s'adressant à Dieu, nos mères, nos grands-mères, nos sœurs. Je salue ceux qui gagnent leur pain avec leur sueur, paysans, ouvriers, travailleurs. Je salue tous nos jeunes frères qui restent grands, dignes et sérieux comme l'est la Turquie tout entière. »

« Et je salue également les villes sœurs d'Istanbul, Sarajevo, Bakou, Beyrouth, Le Caire, Skopje, Bagdad, Damas, Gaza, Ramallah, La Mecque et Médine. Je salue à nouveau Istanbul, naturellement, chaque quartier, chaque rue, je la salue de tout mon cœur. »

« Ce soir je vous transmets aussi des salutations plus lointaines, celles de nos frères du Maroc, d'Algérie et de Tunisie. Que Dieu préserve éternellement cette fraternité ! Que Dieu préserve notre unité, notre solidarité, notre affection mutuelle. Là-bas, nos frères, et leurs dirigeants, nous ont répété : “Tout cela passera, parce que nous croyons en vous“. »

« C'est que notre objectif n'est pas de briser les cœurs ; nous voulons au contraire créer la cordialité. Nous restons droit et nous voulons progresser. Nous n'avons rien à faire avec les querelles et les affrontements ; vandaliser, casser, détruire, ce n'est pas notre culture. »

« Mes frères, ce que nous savons faire, c'est produire et construire. Jusqu'à présent, nous avons renforcé la Turquie et ce, je le souligne, malgré le lobby financier, ce lobby qui pense nous menacer par la spéculation en bourse. Il faut en être bien conscient : les peines que déploient notre peuple ne doivent pas nourrir ces gens-là. Ceux qui soutiennent et organisent ce vandalisme vont nous trouver en face d'eux. Et ceux qui reconnaissent qu'ils sont devenus cinq fois plus riches durant notre période de gouvernement, ceux-là commencent à nous rejoindre. Car nous sommes venus au gouvernement pour améliorer leur situation, au point qu'aujourd'hui le monde entier veut nous suivre. »

« Et d'où vient ce succès ? Il vient de notre patience et de notre acharnement. Chacun doit savoir cela : nous avons construit la Turquie sur la base de la fraternité, tout en renforçant notre fraternité. Nous n'avons laissé de côté aucun des 76 millions de citoyens du pays. Certains prétendent que je ne suis que le Premier ministre de 50 % des citoyens. Que ce discours cesse ! Nous sommes au service de 76 millions de personnes. Nous avons rendu service à l'ensemble du pays d'un bout à l'autre, sans aucune distinction. »

« Voici dix ans, qui aurait pensé qu'il y aurait un aéroport à Hakkari ? À Sırnak ? Quand nous sommes arrivés il y avait des aéroports dans 26 département ; maintenant 50 départements en sont pourvus. Certes, ceux qui se révoltent ne le font pas contre ces réalisations ! Ils se soulèvent contre nous. Ils ne considèrent que le parti qui a initié ces réalisations. “Qui a fait ça ? Ah c'est l'AKP ! Ils l'ont fait uniquement pour gagner des voix aux élections !“ disent-ils. Mais personne, quelle que soit son origine ethnique, son appartenance religieuse, son idéologie, sa façon de penser, n'a été négligé. En effet, et je souligne ceci : nous ne sommes pas les maîtres de 50 millions de personnes ou de 50 % de la population, nous ne sommes pas les maîtres de 76 millions de personnes, nous sommes à leur service. Tous ensemble, nous sommes la Turquie. Nous sommes unis, nous sommes ensemble, nous sommes des frères. En toute impartialité, nous observons, nous analysons, nous apprécions ce qui se passe en Turquie, avant d'agir. »

« Le succès du parti AKP n'est pas dû aux tensions, aux affrontements, à la polarisation de la société. »

« Au nom du respect de la démocratie, du résultat des scrutins, de la volonté de la nation, nous demandons de la part chacun, je dis bien de chacun, de rester respectueux [du gouvernement]. Dès le début [de notre période de gouvernement, 2002], nous avons bien affirmé : “Notre objectif, c'est la démocratie avancée“. Et nous y parviendrons. »

« Mes frères ! C'est la nation [millet], et elle seule, qui choisit le dépositaire du pouvoir. La nation est dépositaire du pouvoir et personne d'autre. Personne ne peut s'en prendre à ce pouvoir ni contester les élections. Nous sommes là depuis dix ans et demi, et pendant cette durée nous avons considéré le pouvoir du peuple comme une chose sacrée, nous l'avons protégé comme notre propre vie et nous continuerons de le faire. »

« Personne, je dis bien personne, dans ce pays, n'a le droit d'agir en dehors du droit, de piétiner la démocratie, de vandaliser, de détruire, de dégrader les biens publics dans les villes. »

« Alors, au nom de la protection de ces arbres de la Promenade de Taksim – même pas quinze arbres ! - trois personnes sont mortes, deux de nos jeunes, et un martyr 1, un commissaire principal. Je dois vous dire une chose : mes frères, si importante que soit la mort de ces deux jeunes, le martyre d'un de mes commissaires est au moins aussi important. La tâche de ce policier était la protection de la sécurité des personnes dans notre pays. Le policier se rend sur le terrain, il s'oppose aux terroristes, il barre la route au vandale, à l'anarchiste, sans se mêler de leurs affaires. On crie : “Retirez les forces de police !“. Mais que se passerait-il ? La Turquie n'est pas un quelconque rassemblement désordonné, la Turquie c'est un Etat républicain. Les institutions publiques, leur matériel, leurs véhicules, autant que les véhicules et les biens de nos concitoyens, autant que la vie des hommes, doivent être protégés contre toutes les agressions, et c'est le devoir de la police. »

« Ils sont donc intervenus ; il est possible qu'ils l'aient fait avec quelque exagération. J'ai transmis des consignes, répercutées par le Premier ministre par intérim. Le ministre de l'intérieur fait le nécessaire sur cette question. Cela sera examiné par la justice. Mais personne n'a le doit de nous agresser. »

« Mes frères, la femme de notre commissaire était enceinte. La plupart des quelque mille blessés sont des policiers. Les villes n'ont pas brûlé, les magasins n'ont pas brûlé, mais les boutiquiers ont subi des dégâts. Ces gens sont allés jusqu'à brûler des drapeaux turcs, sans vergogne, ils ont brandi le drapeau turc au cours de leurs défilés comme si c'était un jouet ! Ils s'en servaient pour récolter de l'argent dans les rues, ils ont manqué de respect au drapeau. »

« Mes frères, ceux qui ont participé à cette haine, à ces tentatives de division, à ces actes illégaux, à ces provocations, en se prévalant de leur état de journaliste, d'artiste, de politicien, ont fait preuve d'une grande irresponsabilité. Ces événements, qui ont perdu tout caractère de démonstration démocratique, et ont tourné au vandalisme et sont complètement sortis du droit, doivent cesser immédiatement. Des citoyens aux convictions sincères deviennent le jouet des organisations terroristes ; ils doivent en faire le constat et se tenir à l'écart de ce qui ce passe. Nos concitoyens innocents doivent se retirer de ce jeu sale, de ces manœuvres politiques, de ces manifestations illégales qui visent la démocratie. »

« Quoi que nous fassions, nous le ferons dans le cadre de la démocratie et du droit. Nous les 76 millions de Turcs, tous ensemble, nous considérerons comme illégal tout ce qui s'en écarte, et tous ensemble nous nous y opposerons. Personne, si ce n'est Dieu, ne peut faire obstacle au développement de la Turquie. »

« Mes chers frères, depuis dix jours, vous êtes restés sérieux, responsables, vous ne vous êtes pas écartés du sens commun. Nous allons tous rejoindre nos foyers et nous garderons notre sérieux, notre responsabilité, notre sens commun. Vous n'allez pas vous mettre à taper sur des casseroles, n'est ce pas ? »

« Ceci est très important. Notre jeunesse n'ira pas dans les rues pour taper sur des casseroles, elle a dans ses mains des ordinateurs, la voilà notre jeunesse ! Cette grande jeunesse de la grande Turquie continuera son combat pour la grande Turquie, de manière décidée. »

« Jeunes, mes frères ! Vous êtes l'espoir des opprimés. Vous servez d'exemple à ceux du Proche-Orient, des Balkans, d'Afrique. Vous voyez grand. Vous allez faire de grands pas, vous poursuivez de grands objectifs. Vous n'entrez pas dans ce jeu, vous ne vous laissez pas berner, vous n'essayez pas de berner les autres. »

« Jeunes, mes frères ! Je remercie chacun d'entre vous. En votre nom j'embrasse toute la jeunesse de Turquie. Je salue les Turcs d'Anatolie, de Thrace et je salue de tout cœur tous nos amis du monde entier. Chers Stambouliotes, soyez certains que personne, si ce n'est Dieu, n'entravera la marche de la Turquie. »

« Ayons une pensée pour notre commissaire tombé martyr et pour nos deux jeunes qui sont décédés. Je présente toutes mes condoléances à leurs proches. »

 

Voir analyse par ce lien.

Voyez aussi ma première réaction du 1 juin: "Les arbres de Taksim cachaient la forêt de la révolte"

 

1Tout policier ou soldat décédé dans le cadre de son service, même accidentellement, porte officiellement le titre de « martyr ».

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