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Susam-Sokak

Turquie - Les racines du présent - Le blog d'Etienne Copeaux


Philippe Lamberts dénonce la faillite morale de l'Europe

Publié par Etienne Copeaux sur 10 Mars 2016, 08:28am

Catégories : #La Turquie d'aujourd'hui

Au cours du débat à l'Assemblée de Strasbourg, le 9 mars 2016, le député européen écologiste Philippe Lamberts dénonce les dirigeants européens, " prêts à manger dans la main d’un quasi-dictateur". Voici le texte de son intervention, publiée sur le site du député (voir lien en fin d'article).

Philippe Lamberts dénonce la faillite morale de l'Europe

 

L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes.
 

 

« Faillite morale ! Voilà les mots qui me viennent suite au Conseil Européen de lundi [7 mars 2016].

Faillite morale, lorsqu’au lieu de le sanctionner, l’on déroule le tapis rouge à un régime qui soumet la justice et la police à la vindicte d’un seul homme, qui musèle et emprisonne toute presse libre, qui disqualifie toute opposition démocratique et qui n’hésite pas, pour gagner une élection, à relancer la guerre civile en bombardant ses propres citoyens.

Faillite morale lorsque l’on veut mesurer l’accueil réservé aux réfugiés syriens au nombre de celles et ceux qui tenteront d’atteindre les rivages de l’Union Européenne par les voies moins officielles, en soustrayant bien sûr celles et ceux qui seront morts en chemin.

Argent, visas, relance du processus d’accession, rien n’est de trop pour séduire le Poutine de la Sublime Porte. Tout cela parce qu’une majorité d’Etats-Membres de l’Union, à la différence de l’Allemagne et d’une poignée d’autres, ont pris le parti du « pas de ça, pas de ces « barbares » chez nous ». Et cela au nom de la défense tonitruante du mythe d’une Europe blanche et chrétienne ou plus prosaïquement pour « protéger » la saison touristique à la Vlaamse Kust, pour ne pas parler de ceux qui se cachent dans un silence lâche et cynique.

Il est encore temps, mesdames et messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, pour vous ressaisir et adopter la semaine prochaine les mesures qui mettront l’Union à la hauteur de ses responsabilités morales et légales.

Vous avez raison : il nous faut enfin créer un chemin sûr et légal d’accès à l’Union Européenne pour les réfugiés. Mais ce chemin ne peut être réservé aux seuls Syriens : que je sache, l’Irak, l’Afghanistan ou le Yémen sont aussi des pays en guerre. Il ne peut être conditionné au nombre de demandeurs d’asile déboutés et renvoyés. Et, au titre de la convention de Genève, chaque demandeur d’asile a le droit à un examen individuel de sa demande.

Et si vous êtes capables de trouver 3 ou 6 milliards d’€ pour aider à l’accueil sur place, ne venez pas me dire que notre riche Europe est incapable d’en trouver autant pour financer l’accueil ici. Que je sache, l’an dernier notre continent a accueilli des réfugiés à concurrence d’à peine 0,2% de notre population, une paille comparée aux 25% qu’un pays fragile comme le Liban accueille, un pays qui, comme la Jordanie, mérite plus encore toute notre aide.

Mais oui, pour mettre en place cette politique, il faut parler avec la Turquie. Mais plus forte sera notre détermination commune à faire face à nos responsabilités, plus forts nous serons face à Erdogan. Car si nous pouvons avoir besoin de la Turquie, celle-ci, de plus en plus isolée géopolitiquement et fragile économiquement n’a pas moins besoin de l’Europe.

La condition première du succès d’une telle politique est que nous, Européens, agissions ensemble : zusammen, wir schaffen das ! Et j’en appelle en particulier à deux Etats-membres. Que les Pays-Bas, qui exercent actuellement la présidence du Conseil, n’oublient pas qu’ils sont la patrie du libéralisme politique : face aux absolutismes et aux guerres de religion qui ont meurtri l’Europe, ils ont su être la terre d’accueil des réfugiés de tous bords.

Quant à la France, plutôt que d’afficher une unité de façade tout en laissant son premier ministre puérilement faire la leçon à la chancelière, plutôt que de perdre son honneur en décorant de la légion du même nom le prince héritier de l’Etat Islamique, je veux dire l’Arabie Saoudite, après en avoir fait autant avec Vladimir Poutine, qu’elle assume ses responsabilités. Si elle veut mériter le titre de patrie des droits de l’homme dont elle se drape plus souvent qu’à son tour, qu’elle prenne sa juste part de l’effort d’accueil des réfugiés. Qu’elle assume sa part du leadership qui manque tant en Europe.

Enfin, aux Kaczynski, aux Orban, aux Fico, aux Morano ou aux Le Pen qui invoquent l’Europe chrétienne pour ériger notre continent en forteresse, je veux rappeler les paroles prononcées ici même par le Pape François :

« Il est nécessaire d’affronter ensemble la question migratoire. On ne peut tolérer que la mer Méditerranée devienne un grand cimetière! Dans les barques qui arrivent quotidiennement sur les côtes européennes, il y a des hommes et des femmes qui ont besoin d’accueil et d’aide. L’absence d’un soutien réciproque au sein de l’Union européenne risque d’encourager des solutions particularistes aux problèmes, qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés (…). L’Europe sera en mesure de faire face aux problématiques liées à l’immigration

- si elle sait proposer avec clarté sa propre identité culturelle et mettre en acte des législations adéquates qui sachent en même temps protéger les droits des citoyens européens et garantir l’accueil des migrants

- si elle sait adopter des politiques justes, courageuses et concrètes qui aident leurs pays d’origine (…) dans la résolution des conflits internes – cause principale de ce phénomène – au lieu des politiques d’intérêt qui accroissent alimentent ces conflits.

Il est nécessaire d’agir sur les causes et non seulement sur les effets. »

Plus récemment, il ajoutait « qu’une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne » ; pour mémoire, ce sont des ponts, pas des murs, qui ornent nos billets de banque.
 

 

 

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