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Publié par Etienne Copeaux

"Nous n'avons pas besoin de l'autorisation d'une bande de pseudo-intellectuels"

Au cours d'une allocution adressée aux ambassadeurs turcs en poste à l'étranger, au Palais de la Présidence, le président Erdogan a répliqué à une pétition signée par un grand nombre d'intellectuels turcs et des centaines d'universitaires et intellectuels étrangers (texte ci-dessous et lien pour signer). Ce texte, qui proclame « Nous ne serons pas les complices silencieux de cette politique », dénonce la répression au Kurdistan turc, les pratiques de l'armée et de la police, les mesures de couvre-feu impitoyables qui ont provoqué depuis l'automne la mort de dizaines de civils.

Voici en quels termes Erdogan a fustigé les intellectuels turcs signataires de la pétition (traduction E. Copeaux) :

« Il s'agit en réalité d'une bande de personnes qui prétendent être des universitaires. Ils s'adressent à un Etat qui défend les territoires menacés par une organisation terroriste [le PKK]. Il paraît que cet Etat viole les droits humains et les libertés fondamentales !

Eh oui, la terreur distillée par cette organisation viole les droits et les libertés fondamentales de millions de personnes vivant dans ces régions. Cette organisation terroriste va jusqu'à empêcher l'accès aux rues en creusant des fossés.

Cette organisation terroriste répand partout des bombes, empêchant les gens de jouir de la liberté de déplacement. Cette organisation terroriste empoisonne la vie de nos concitoyens en incendiant des mosquées, des maisons d'habitation, des ateliers, et fait tirer sur les ambulances.

Refusant de reconnaître ces vérités, cette bande de prétendus universitaires accuse l'Etat. Mais nous avons déjà eu affaire à cet état d'esprit, voici cent ans ! A cette époque, certains croyaient que notre pays ne pourrait être gouverné que par des étrangers, il y avait déjà une telle bande de prétendus intellectuels qui souhaitaient que la Turquie soit mise sous mandat de l'étranger.

Le peuple leur a donné la réponse qui convenait, par la guerre de Libération qui s'est conclue par la victoire de la nation.

Après la fondation de la République, ils ont conservé la même attitude. Nous sommes aujourd'hui en présence de pseudo-intellectuels payés par l'Etat, jouissant d'un niveau de vie supérieur à la moyenne et, c'est un comble, ils nous trahissent !

Il n'y a aucun problème avec nos concitoyens kurdes. Il n'y a pas de problème kurde en Turquie. Certes, nos frères kurdes peuvent avoir leurs problèmes particuliers. Nous les résoudrons. Notre gouvernement a transféré tous les bienfaits dont jouit l'Ouest aux régions de l'Est et du Sud-Est. Le problème de la Turquie, c'est le terrorisme, ce n'est pas la population kurde.

C'est une chose que nous devons bien comprendre. Mais nos intellectuels d'occasion protestent et prétendent que l'Etat est en train de perpétrer un massacre. Ô vous intellectuels ignorants, vous êtes l'obscurité dans le noir, vous êtes tellement obscurs que vous ne savez même pas où se trouve le Sud-Est du pays.

Nous, nous connaissons ces régions comme si nous y habitions. Si de nos jours, on peut aller partout dans le Sud-Est c'est parce qu'il y a désormais partout des aéroports, si la région est maintenant riche au point d'avoir partout des mosquées et des écoles, c'est la preuve de la valeur que nous reconnaissons à nos frères kurdes.

Personne ne parle de Yasin Börü [un garçon de 16 ans qui aurait été tué par des partisans du PKK]. Il a été jeté du 3e étage, c'est un de nos martyrs. Et qui a tué une cinquantaine de personnes les 6, 7 et 8 octobre 2014 ? [lors des violentes manifestations de soutien des Kurdes de Turquie aux assiégés de Kobanê] ? Où donc étiez-vous, vous les prétendus intellectuels ? D'un côté il y avait le peuple et l'Etat, en face il y avait des terroristes armés.

Ces soi-disant intellectuels qui signent des pétitions ont des noms bien de chez nous, mais je considère que leur cervelle est formatée par des étrangers.

Je vous demande un effort, je vais faire une proposition aux universitaires étrangers. Venez donc en Turquie. Visitez tout, voyez tout de A jusqu'à Z, nous nous mettons à votre disposition pour tout vous expliquer. Voyez vous-mêmes comment les problèmes de la Turquie sont résolus par l'Etat, voyez si le droit est piétiné, ou voyez comment l'organisation terroriste confisque les droits et les libertés de nos concitoyens.

Eh bien, que l'ambassade des Etats-Unis invite Noam Chomsky [signataire de la pétition], qui est un accoutumé des déclarations sur les opérations en Turquie, nous le recevrons. Qu'il puisse tout voir de ses propres yeux, et non à travers ce que lui racontent des diplômés de la 5e colonne !

Adressons-nous aux universitaires intelligents et hommes de cœur. De cette manière je suis sûr que nous ferons comprendre la vérité, sérieusement, clairement, à l'opinion publique mondiale. Pour la Turquie ce n'est pas un sujet de préoccupation de parler pour vaincre le terrorisme.

Ou bien on est du côté de l'Etat, ou bien du côté de l'organisation terroriste. Ceux qui, en Turquie ou ailleurs, font des nuances entre les terroristes, selon leurs convictions, leur discours, leurs origines, ne font que soutenir le terrorisme.

Nos forces de sécurité, au cours des opérations engagées, ne font que garantir l'avenir de nos frères kurdes. La Turquie poursuit son combat contre le terrorisme. Nous n'avons pas à demander d'autorisation à ces prétendus universitaires.

Est-ce que vous avez élevé la voix contre tout ce que nous apprenons dans les médias actuellement ? Avez-vous rassemblé des signatures pour vos pétitions ? Non. Mais nous, nous ressentons profondément dans notre cœur la douleur de ceux qui sont massacrés par le régime syrien, les organisations terroristes qui le soutiennent, la douleur de ceux et celles qui sont massacrés par l'Etat syrien et ses soutiens dans leurs maisons, dans leurs écoles.

Une grande partie des Etats a fait part de ses inquiétudes dans le cadre de l'ONU. Nous avons protesté, nous continuons de protester. Cela ne fera aucun tort à la Turquie mais au contraire lui confère le prestige d'être la voix et la conscience de l'humanité.

Les "pseudo-intellectuels" initiateurs de la pétition au cours de leur conférence de presse (bianet.org)

Les "pseudo-intellectuels" initiateurs de la pétition au cours de leur conférence de presse (bianet.org)

Nous, enseignants-chercheurs de Turquie, nous ne serons pas complices de ce crime !

L’État turc, en imposant depuis plusieurs semaines le couvre-feu à Sur, Silvan, Nusaybin, Cizre, Silopi et dans de nombreuses villes des provinces kurdes, condamne leurs habitants à la famine. Il bombarde avec des armes lourdes utilisées en temps de guerre. Il viole les droits fondamentaux, pourtant garantis par la Constitution et les conventions internationales dont il est signataire : le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité, l’interdiction de la torture et des mauvais traitements.

Ce massacre délibéré et planifié est une violation grave du droit international, des lois turques et des obligations qui incombent à la Turquie en vertu des traités internationaux dont elle est signataire.

Nous exigeons que cessent les massacres et l’exil forcé qui frappent les Kurdes et les peuples de ces régions, la levée des couvre-feux, que soient identifiés et sanctionnés ceux qui se sont rendus coupables de violations des droits de l’homme,  et la réparation des pertes matérielles et morales subies par les citoyens dans les régions sous couvre-feu. A cette fin, nous exigeons que des observateurs indépendants, internationaux et nationaux, puissent se rendre dans ces régions pour des missions d’observation et d’enquête.

Nous exigeons que le gouvernement mette tout en oeuvre pour l’ouverture de négociations et établisse une feuille de route vers une paix durable qui prenne en compte les demandes du mouvement politique kurde. Nous exigeons qu’à ces négociations participent des observateurs indépendants issus de la société civile, et nous sommes volontaires pour en être.  Nous nous opposons à toute mesure visant à réduire l’opposition au silence.

En tant qu’universitaires et chercheurs, en Turquie ou à l’étranger, nous ne cautionnerons pas ce massacre par  notre silence. Nous exigeons que l’Etat mette immédiatement fin aux violences envers ses citoyens. Tant que nos demandes ne seront pas satisfaites, nous ne cesserons d’intervenir auprès de l’opinion publique internationale, de l’Assemblée nationale et des partis politiques. 

Pour signer envoyer nom, qualité et affiliation à info@barisicinakademisyenler.net

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