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Susam-Sokak

Turquie - Les racines du présent - Le blog d'Etienne Copeaux


Flocons de neige

Publié par Etienne Copeaux sur 11 Février 2015, 21:16pm

Catégories : #Istanbul

Istanbul, 11 février 2015

 

Autrefois j'aurais recherché systématiquement des endroits comme en aiment les touristes en mal d'authentique : des lokanta peintes en vert éclairées d'un néon. Maintenant j'aime tellement cette jeunesse turque ouverte sur le monde que je m'arrête avec plaisir dans les bars d'Istanbul, à Beyoglu, Kadiköy, Besiktas... Il y a du goût dans la décoration, la présentation, et beaucoup de calme car ces jeunes adorent discuter.

Du goût : dans une de mes librairies-bar stratégiques c'est Anouar Brahem qu'on fait entendre, dans la seconde Paul Desmond. Rassurez-vous, il est toujours possible, à Karaköy, de déjeuner dans une lokanta de village, avec ses images de La Mecque, de la prise de Constantinople et d'improbables marines, sa soupe à la graisse rance de mouton réformé, et un excellent döner servi avec de vieilles frites froides. A Karaköy, de tels établissements reculent devant des restaurants chics, très fréquentés à l'heure du déjeuner. Le quartier de Tomtom Kaptan tout proche est-il le seul qui résistera à l'embourgeoisement ? Comme il y a vingt ans, on se croirait dans une petite ville misérable d'Anatolie, si près de la rue Istiklal. Je suis sûr que les promoteurs, financiers et spéculateurs veillent.

Orgueilleuse satisfaction d'avoir devancé une mode : partout, des vendeurs de disques vinyles, anciens ou neufs, des reprint dans tous les domaines de la musique. Le mouvement s'accélère, bonne chose : le son est tellement plus chaleureux, et l'objet tellement plus beau.

J'évoque plus haut une librairie-café ; c'est une des habitudes commerciales les plus agréables des grandes villes turques, mais voilà que leur nombre diminue. Le café-librairie Seyhan, à Kadiköy, va fermer. Depuis la rue, il fallait vraiment connaître : l'apparence était celle d'une petite librairie. Mais aux étages, les rayons étaient beaucoup plus vastes et fournis, et tout en haut, un beau café/salon de thé s'ouvrait par de grandes baies vitrées sur la gare maritime de Kadiköy. On y proposait un intéressant choix de cafés de toutes provenances.

Désormais les rayons de la librairie sont partiellement vidés, l'établissement va fermer d'ici une quinzaine, au profit d'un Starbucks.

Ainsi évolue Istanbul, de plus en plus marchandisé et franchisé pour des firmes mondiales. Ainsi a disparu également la librairie Robinson Crusoe. Et Beyoglu, trop chère pour les commerçants locaux, déménage progressivement à Kadiköy. Entre deux des rues principales, entre le port et le marché, un quartier est entièrement voué à la librairie. C'est devenu, par sa fréquentation de jeunes, un des quartiers les plus vivants d'Istanbul. Et c'est là également, de plus en plus, que se déroulent les manifestations.

Tandis que des lieux de culture disparaissent, des lieux de culte (ré)apparaissent et d'autres étendent leur emprise sur le domaine public. A Karaköy, on va reconstruire une mosquée du XIXe siècle, à côté de la Ziraat Bankasi. Il y a pourtant, tout à côté, la magnifique autant que discrète Yeralti Camii, un peu plus loin l'Arap Camii (une ancienne église du XIIIe siècle, magnifique également), et tout près du pont Atatürk, un bijou de Sinan. Mais ça ne suffisait pas.

Au petit jardin public de Tophane, des panneaux ont été apposés : nous sommes dans le périmètre d'une mosquée, il est donc interdit d'y consommer de l'alcool. Les panneaux ne précisent pas jusqu'où s'étend le « périmètre » (alan). Comme on est toujours très près d'une mosquée à Istanbul, et même de plus en plus près vu les constructions, on se trouvera toujours dans un tel périmètre, public mais néanmoins soumis à la loi de l'islam et dé-sécularisé.

Parmi les publications récentes voici une perle, il me semble, un travail d'histoire orale sur le génocide des Arméniens à Diyarbakir, publié par Adnan Celik et Namik Kemal Dinç et la fondation Ismail Besikçi, Toplumsal Hafizanin Izinde. 1915 Diyarbekir. L'histoire telle qu'il faut la pratiquer maintenant, pour tous les massacres.

Istanbul, 11 février 2015
Istanbul, 11 février 2015
Istanbul, 11 février 2015
Istanbul, 11 février 2015
Istanbul, 11 février 2015
Istanbul, 11 février 2015

Istanbul, 11 février 2015

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