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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 12:55

 

[Le 8 janvier était donc l'anniversaire du meurtre de Metin Göktepe. Et le 19, on a célébré celui de l'assassinat (2007) de Hrant Dink, intellectuel, éditeur et journaliste arménien d’Istanbul, directeur du journal Agos. Le 24, c'était celui de l'attentat qui a coûté la vie à Ugur Mumcu (1993). « Mais j'aimerais comprendre ce qui se cache derrière ces assassinats, qui est derrière ? » me demande une lectrice. C'est une question que me posent souvent mes amis français qui ne connaissent pas ou peu la Turquie : une telle violence, perpétrée depuis si longtemps 1, sous des gouvernements différents, dans des contextes nationaux et internationaux si divers, a-t-elle une signification générale ? Cette violence politique est-elle un « caractère » turc ? Ce serait trop simple ; mais la réponse ne serait-elle pas dans la violence extrême qui a marqué toute l'histoire du XXesiècle turc ? Une violence qui est présente dans la mémoire de chaque famille, et d'autant plus obsessionnelle qu'elle est en partie niée, en partie masquée, en partie légitimée, mais jamais dénoncée lorsqu'elle est le fait de l'Etat ? Celui-ci peut-il garder le « monopole de la violence » lorsqu'elle est pratiquée si longtemps et à une telle échelle ? Peut-on empêcher que la violence ne devienne un habitus, une manière somme toute normale et admise de régler les problèmes même privés ? S'agit-il d'une « contamination » de la violence, de la violence des événements originels ? La violence politique qui dure depuis des décennies est-elle une conséquence de la négation du génocide et des politiques ultérieures de « purification » ethnique ? C'est un problème qui doit être appréhendé par d'autres moyens que ceux de la science politique traditionnelle. ]


1996 – 1997 : Naissance d'un grand mouvement de société civile


Au début de 1996, on aurait pu craindre que l'émotion créée par la mort de Metin Göktepe passerait assez vite car l'actualité a été masquée, peu après, par l'affaire de Kardak qui a mis en branle une grande vague de nationalisme, et failli provoquer un affrontement entre la Turquie et la Grèce... En outre, en juin, la coalition Refahyola pris le pouvoir, portant au premier plan l'actualité proprement politique.

Mais entre la date de la mort de Metin Göktepe et son premier anniversaire, un processus judiciaire s'est enclenché, de sorte qu'un scandale s'est ajouté au scandale. Le frère de Metin, Ibrahim, puis le directeur du quotidien Evrensel, Vedat Korkmaz, s'étaient rapidement portés parties civiles. Dès le 16 janvier, la Ligue des droits de l'Homme (IHD) avait pris en charge le dossier. Le 17, un groupe de 350 avocats avait demandé l'inculpation des policiers pour meurtre. A la fin du mois, Bülent Ecevit, Mesut Yılmaz, Tansu Çiller et le président Demirel lui-même s'étaient prononcés en faveur de l'ouverture d'une procédure, rejetant la thèse d'une mort accidentelle. C'était bien le moins, mais dans d'autres cas de telles paroles ont fait défaut : c'était peut-être une première. En février, 48 policiers sont inculpés. Mais dès le mois de juillet, Sevket Kazan, le ministre de la Justice du nouveau gouvernement Refahyol,décide que le procès se déroulera à Aydın (750 km d'Istanbul), en Anatolie du sud-ouest, prétendument « pour des raisons de sécurité ». Le procès s'ouvre en septembre, mais aucun témoin n'y assiste, la plupart des témoins étant les collègues des meurtriers de Göktepe. Le procès est donc renvoyé au mois de novembre... et ailleurs encore, à Afyon, également à une journée de route d'Istanbul. Mais, « pour la première fois, soulignait Akdemir Musa dans Libérationle 25 octobre 1996, des policiers étaient directement accusés du meurtre d'un journaliste. Le procès Göktepe a donc valeur de symbole. Plus de 20 journalistes ont été tués par balle en Turquie depuis 1989, la police n'avait pu arrêter ou même identifier aucun des auteurs de ces crimes... »

Le procès, dès le début, a connu de nombreux rebondissements : faux témoignages, rétractations, menaces de mort dirigées contre ceux qui acceptaient de témoigner, et même enlèvement d'un témoin par des policiers en civil, en juillet 1996 2.

Or, début novembre 1996, le scandale dit de Susurluk secoue le pays, révélant les liens serrés existant entre l'Etat, la police, la mafia, les bandes para-militaires contrôlées par les tribus (cf. mon « esquisse » n° 16). Le scandale ranime des craintes plus anciennes : la quasi guerre civile des années 1970 et les vagues d’assassinats, le coup d'Etat de 1980 et l'implacable régime militaro-policier qui a suivi, et les violences quotidiennes perpétrées dans le sud-est. Metin Göktepe apparaît alors comme la énième victime de cette même violence politique qui caractérise la Turquie de la fin du siècle.


L'affaire Göktepe un an plus tard


Mais Bülent Ecevit, alors président du Parti démocratique de gauche (DSP), exprime sa honte à propos de la lenteur du processus judiciaire. Deniz Baykal (président du CHP, gauche kémaliste) et même Mesut Yılmaz (ANAP, droite) dénoncent le scandale 3. Lors du premier anniversaire du drame, l'affaire de Susurluk a permis de révéler d'autres scandales, et l'affaire Göktepe et ses développements judiciaires s’inscrivent désormais dans ce contexte général.

Ce 8 janvier 1997, les amis et soutiens du jeune journaliste se rassemblent près de sa tombe au cimetière d'Alibeyköy, où le président de l'Association des journalistes (Türkiye Gazeteciler Cemiyeti, TGC), Nail Güreli, proteste et accuse 4. D'autres manifestations ont lieu à Istanbul, Ankara, Izmir. Le 10 janvier, une foule se presse à Kadıköy pour une soirée de soutien organisée par la Ligue des droits de l'Homme. Tous protestent contre les complications judiciaires et exigent que les assassins soient jugés. La ministre de l'Intérieur Meral Aksener, qui en décembre avait fait réintégrer onze policiers suspendus, doit alors reculer : ces policiers sont à nouveau suspendus de leurs fonctions.


97.01.09 Metin Göktepe anıldı cum

Cumhuriyet, 9 janvier 1997. Photo Hatice Tuncer


Deux semaines plus tard, le 24 janvier1997, ce processus est amplifié par le quatrième anniversaire de l'assassinat d'Ugur Mumcu (1993). Est-ce un effet du scandale de Susurluk ? Des milliers de personnes, dont de nombreux députés, participent à la commémoration organisée par le CHP et le syndicat DISK à Istanbul. Les manifestants réclament le renforcement de la laïcité, demandent que justice soit rendue, et scandent le slogan déjà célèbre, emblématique de cette époque  : « Ne te tais pas ! Si tu te tais, ton tour viendra ! 5 » A Besiktas (Istanbul), les jeunes du CHP organisent une veille près du monument qui honore la mémoire d'Ugur Mumcu. Au cours d'une petite cérémonie, ils lisent un texte de Mumcuet qualifient sa mort comme la « naissance sanglante » d'un nouveau mouvement de protestation. Sur le monument, comme en un petit autel, outre celui d'Ugur Mumcu sont disposés les portraits de Muammer Aksoy (juriste assassiné le 31 janvier 1990), de Bahriye Üçok (historienne assassinée le 6 octobre 1990), et de Metin Göktepe 6. L'anniversaire de la mort d'Abdi Ipekçi, rédacteur en chef de Milliyet, tué par balles le 1erfévrier 1979, accroît l'effet de pelote mémorielle de cette période de l'année.

Plus généralement, lorsqu'on feuillette les journaux turcs de ces années, on est frappé par une extraordinaire densité de commémorations qui s'ajoutent les unes aux autres ; d'autres événements, à peu près semblables aux faits commémorés, surviennent, qui sont à leur tour commémorés dès l'année suivante. L'assassinat de Hrant Dink est venu s'ajouter à cette longue liste en 2007... C'est à se demander parfois quelle est la date de publication des textes qu'on lit. Du fait de l'enchevêtrement des commémorations, les renvois de celles-ci aux faits mais aussi à d'autres commémorations, on est forcé de s'étendre sur un temps relativement long, puisque tout renvoie finalement aux années 1970, alors qu'on croyait se consacrer à une étude sur un temps court, de quelques mois ou quelques années. C'est comme si, dans ces années-là, il n'y avait pas de « présent », ou plutôt comme le le présent durait trente ans. Et l'on sait maintenant qu'il dure encore...

Et ce phénomène, bien sûr, agit sur le présent, sur l'instant et sur le futur proche. Car au début de 1997 l'accumulation de mauvais souvenirs, ravivés par le scandale de Susurluk, a provoqué un mouvement d'opinion. Aussi ce n'est pas par hasard que le 1erfévrier soit publié un appel émanant d'un groupe mené par l'avocat Ergin Cinmen et se dénommant « Initiative citoyenne pour établir la clarté » (Aydınlık için yurttas girisimi7. Voici cet appel qui a secoué la Turquiede la fin du XXsiècle :


« Nous, citoyens de la république de Turquie, nous nous exprimons en tant que majorité restée longtemps silencieuse. (…) Mais cette fois, en tant que société, nous refusons ce rôle de majorité silencieuse qu'on voudrait nous imposer. Cette fois nous voulons parler, nous-mêmes, en lieu et place de ceux qui parlent en notre nom tout en trahissant nos valeurs que sont l'amour de la patrie, le sentiment de justice, et l'Etat de droit. Nous voulons la fin de ces scandales qui salissent nos vies ! Nous voulons des informations claires et pertinentes au lieu de ces nouvelles et reportages qui s'accumulent à la télévision, à la radio, dans les journaux ! Face à la complexité de ce qui arrive, nos exigences sont très simples. Nous voulons que les chefs de bandes et leurs donneurs d'ordres soient traduits au plus tôt devant la justice. Nous voulons que cessent les pressions sur les personnes et les autorités qui posent des questions. Nous voulons que le secret d'Etat cesse de peser sur les scandales et leurs développements. Nous voulons que l'Etat mette fin aux activités des « services » qui oeuvrent contre ses propres citoyens. Nous voulons que notre pays ne soit plus connu, dans toutes les instances internationales, comme celui des assassinats politiques non résolus, celui des exécutions extrajudiciaires, comme la plaque tournante des trafics de drogue. Et nous voulons que tout ceci se réalise au plus tôt dans le cadre d'une vie démocratique et d'un gouvernement démocratique. Voilà, tout simplement, ce que nous voulons faire savoir, en signant [cet appel], nous artisans, travailleurs, employeurs, employés, fonctionnaires, artistes, écrivains de notre pays. »


Chaque soir, à 21 heures, tous ceux qui se sentaient d'accord avec ce texte étaient invités à éteindre les lumières pendant une minute : « Une minute d'obscurité pour faire la lumière (Sürekli aydınlık için 1 dakika karanlık) » . Ce fut un mouvement inédit par ses formes, sa simplicité et surtout son étendue : sans doute des dizaines de millions de personnes y ont participé chaque soir. Dans certains quartiers, chacun se mettait à la fenêtre et frappait sur des casseroles ; dans d'autres, on défilait à la lumière des bougies... Le mouvement a duré tout le mois de février.

C'est donc dans ce contexte compliqué et agité que la procédure judiciaire concertant Metin Göktepe est ouverte : la pression de l'opinion publique turque, et bientôt internationale, est intense.


 Le procès


Le procès débute le 6 février 1997 à Afyon, treize mois après le meurtre, une nouvelle fois en l'absence des témoins policiers. En août toutefois, ceux-ci se présentent, mais invoquent leur droit de se taire. Sur les dizaines de policiers mis en cause, onze cas seulement sont retenus par le tribunal. La justice avance très lentement : c'est seulement le 5 janvier 1998 qu'une reconstitution est organisée sur les lieux, au stade couvert d'Eyüp. La presse n'y est pas admise, mais en revanche les policiers incriminés (qui sont libres) viennent avec leur arme de service. Ainsi l'un d'eux menace un des témoins, Deniz Özcan, en pointant son pistolet sur lui. Ce témoin ne cessera d'être inquiété par la suite : le 1ernovembre suivant, il est arrêté par la police et battu.

Mais malgré les coups de théâtre, les revirements et les dénégations, le 7 février 1998, le rapport de la reconstitution établit que Metin Göktepe est mort sous les coups, durant sa garde à vue. Les policiers, jusqu'au bout, continuent de clamer leur innocence et déclarent qu'ils ont la conscience tranquille. Le 19 mars 1998, plus de deux ans après la mort de Göktepe, le jugement est rendu à Afyon : cinq policiers sont condamnés pour « homicide involontaire » à sept ans et six mois de prison ; les six autres sont acquittés, n'étant reconnus coupables que d'abus de pouvoir.


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Sabah, 7 février 1997


Reporters sans frontières, dans un communiqué du 19 mars 1998, souligne le caractère « inique et inacceptable » du verdict et déplore que « des fonctionnaires de la police ou de l'armée bénéficient d'une certaine clémence devant la loi par rapport aux citoyens ordinaires ». L'organisation appelle à ce que les hauts fonctionnaires de la police mis en cause dans ce meurtre soient également traduits devant la justice. La famille a d'ores et déjà annoncé qu'elle fera appel de la décision.

Or, le 17 juillet 1998, le jugement est cassé pour vice de forme. Le procès reprend à Afyon à partir de septembre, et cette fois l'un des « témoins » policiers admet que Göktepe a été frappé jusqu'à ce que mort s'ensuive. Puis les policiers s'accusent les uns les autres, ce qui n'empêche pas qu'en décembre, les derniers qui étaient sous les verrous soient libérés ; tous ont été réintégrés.

Enfin, le 6 mars 1999, les peines de 1998 sont confirmées pour quatre des cinq condamnés. Devant le complexe sportif d'Afyon qui héberge le tribunal, une marche en l'honneur de Metin Göktepe, conduite par sa mère Fadime (« Fadime Ana »), est réprimée par la police qui procède à une vingtaine d'interpellations. Les parties civiles annoncent qu'elles feront appel pour la requalification des faits en « homicide volontaire », et qu'elles saisiront la Cour européenne des droits de l'homme. Par la suite, les péripéties judiciaires ont continué entre la Cour d'Afyon et la Cour suprême. En avril 2000, certains ont vu leur peine encore diminuée.

Le déroulement du procès, qui a été couvert par la presse étrangère, ainsi que les développements du scandale de Susurluk, sur lequel un rapport officiel a été publié en janvier 1998, font que le souvenir de Metin Göktepe est resté brûlant. Chaque anniversaire, en janvier, est un moment de mobilisation de la société civile, de cette nouvelle société civile turque qui ne doit rien au kémalisme.


 Le deuxième anniversaire, 1998


Le deuxième anniversaire, le 8 janvier 1998, a lieu alors que la reconstitution des faits se déroule au complexe sportif d'Eyüp, de sorte que la mobilisation est très forte. A Istanbul, les représentants de l'Emegin Partisi, de l'ÖDP, et de différentes organisations de journalistes et de société civile, des artistes, des syndicalistes, et une foule de manifestants, 10 000 personnes selon Cumhuriyet, serassemblent devant le domicile de la famille Göktepe, à Esenler. Parmi eux figurent notamment Nadire Mater, écrivaine et représentante de reporters sans frontières 8, Ihsan Çaralan, ex-directeur d'Evrenselqui est désormais interdit, le reporter Ahmet Sık (emprisonné, lui, en mars 2011), et Isık Yurtçu, ancien rédacteur en chef du quotidien pro-kurde Özgür Gündem, emprisonné de 1994 à 1998 : c'est le journalisme indépendant, dans son ensemble, qui est là, et Metin Göktepe est son symbole 9.


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Cumhuriyet, 9 janvier 1998. Photo Hatice Tuncer


La mère et le frère de Metin en tête, les manifestants ont ensuite accompli une marche d'une heure et demie, jusqu'au cimetière de Kemer, souvent acclamés par les passants ou les gens à leur balcon,enclamant notamment : « Grâce à notre mobilisation, les meurtriers seront jugés ! », « C'est le fascisme qui a tué Metin ! », « Justice indépendante, Turquie démocratique ! », « Les assassins rendront des comptes au peuple ! », « Où que se déroule le procès, nous y serons ! ».

Un autre groupe, à l'appel de la Türkiye Gazeteciler Cemiyeti (TGC) s'est rassemblé devant le complexe sportif, lieu de son décès ; ils se sont ensuite rendus à la préfecture (valilik) d'Istanbul en brandissant des portraits de Metin, d'Ugur Mumcu, et de Çetin Emeç 10, et en clamant : « On ne peut museler la presse libre ! » 11. Deux jours plus tard, la mère et les frères et sœurs de Metin se rendent à Eyüp pour y déposer des œillets rouges, malgré une très forte présence policière.

Le 28 janvier, soit trois semaines après l'anniversaire de la mort de Göktepe, et quelques jours après celui d'Ugur Mumcu, le rapport sur l'affaire de Susurluk est publié ; c'est un volume de 120 pages, élaboré par Kutlu Savas, président de la commission d'inspection de la présidence du conseil, dont un résumé de quinze pages est remis à la presse et publié par Cumhuriyetà partir du 28 janvier, tandis que Radikal l'offre en supplément à ses lecteurs 12. Selon l'analyse qu'en fait Radikal, le rapport est une « photographie en couleurs du monde des bandes mafieuses » ; il établit clairement leurs liens avec l'Etat, l'étendue de cette immense corruption, dresse des tableaux montrant l'étendue des réseaux, qui s'étendent jusque dans les banques d'Etat, les services de renseignements officiels, et sont liés aux réseaux de trafic de drogue et aux bandes para-militaires engagées dans la guerre contre le PKK. Toute l'affaire jette une lumière sombre sur les événements qui se sont enchaînés en Turquie depuis le coup d'Etat de 1980.

Par rapport à la période du Refahyol, il règne tout de même en Turquie une atmosphère plus libre ; même si beaucoup de choses ne changent pas, la présence au sein du gouvernement de personnalités plus à gauche comme Bülent Ecevit ou Ismail Cem est de nature à donner confiance. Aussi, après les commémorations de janvier-février (Göktepe, Mumcu, Ipekçi, Aksoy), la mobilisation reprend à l'occasion de l'anniversaire de Metin Göktepe, qui aurait eu trente ans le 10 avril 1998. Ce jour-là, une affiche a été placardée sur la place de Taksim : un quotidien imaginaire, Gazete, affiche simplement sur sa une le portrait et le nom de « Metin Göktepe, journaliste, né le 10 avril 1968 » 13.


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Milliyet, 10 avril 1998. Photo Bahadır Beyarslan


Après un instant de recueillement devant l'affiche, la famille et les amis se sont rendus dans un restaurant de la rue Sıraselviler pour « fêter » l'anniversaire par la remise du premier Prix Göktepeattribué à Nail Güreli, président de l'Association des journalistes de Turquie (TGC). Cérémonie émouvante : « Le bar était plein comme un œuf, tout comme l'est le tribunal d'Afyon à chaque audience 14 ». On notait la présence de journalistes connus comme Celal Baslangıç (Radikal), Ilhan Selçuk (Cumhuriyet) ou Hasan Pulur (Milliyet), Isık Yurtçu, et bien sûr Nail Güreli, récompensé pour sa persévérance à défendre l'affaire. Tous les responsables de la TGC étaient d'ailleurs associés dans l'attribution du prix.


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Nail Güreli et Fadime Ana. Cumhuriyet, 12 avril 1998. Photo Hatice Tuncer



Fadime Ana


« La tristesse était interdite », comme le voulait la famille elle-même. Nail Güreli a rappelé que, malgré la tristesse de la mort de Metin, il fallait se réjouir que sa mort ait servi à quelque chose : c'était la première fois qu'une procédure judiciaire avait commencé dans un cas semblable. « Au prix de sa vie, c'est Metin qui a permis cette avancée ». « Fadime Ana » avait du mal à retenir ses larmes, et dans une brève allocution a remercié les journalistes qui couvrent le procès : « Vous êtes tous mes 'Metin' ». Puis, avec Nail, elle a découpé le gâteau d'anniversaire. Un petit concert avait rassemblé quelques artistes dont Ferhat Tunç. Meryem et Ihsan, sœur et frère de Metin, ont chanté sa chanson préférée, « Kırmızı gül demet demet » 15. Et des journalistes ont saisi le micro pour chanter les chansons et dire les poèmes qui, comme c'était devenu traditionnel, accompagnaient leur voyage d'Afyon.

Depuis la mort de son fils, « Fadime Ana », a fait l'admiration de la Turquie. Nuriye Akman, journaliste à Sabah, a fait avec elle, sa fille Meryem et son fils Ibrahim, un bel entretien 16. Fadime, 61 ans en 1998, est originaire de la région de Gümüshane, et n'est jamais allée à l'école. Elle a été mariée à 15 ans, et a donné le jour à huit enfants. Alors qu'elle avait trente ans la famille a migré à Istanbul, où son mari tient une épicerie avant de mourir d'un cancer en 1990. En 1996, paradoxalement, la mort de Metin a été pour elle une milad, une renaissance 17 . Elle parle de lui comme d'un bon garçon, que ses parents avaient appelé Mehdi (« le messie »), et qui a été désigné comme Metin (« le courageux ») par son instituteur. Meryem, qui était sur les bancs de l'école avec lui, précise : «  Il était chef de classe (sınıf baskanı), il faisait répétiteur pour les plus jeunes. Et il refusait de cafarder ses copains quand le maître le lui demandait. » Nuriye Akman interroge Meryem sur l'attitude de sa mère « après la milad » : « Fadime a été très courageuse.Avant, elle était une femme du peuple, typiquement. Maintenant c'est une femme combattante (mücadele kadın). A Afyon elle s'est mise à parler en public ! 'L'Etat tient debout en prenant les impôts de nos enfants. Et le même Etat tue nos enfants. Il faut que cela cesse !' a-t-elle clamé. Nous nous sommes regardés, incrédules ! » Au stade d'Eyüp, lors de la reconstitution, « Je me demandais comment ma mère se comporterait. Moi je pleurais. Elle m'a consolé en me disant : 'Tu as pleuré, ma fille. Ne te laisse pas aller. Nous devons rester droits en souvenir de Metin'. Et c'est grâce à Metin qu'elle tient. »

« Vous êtes devenue une femme médiatique... Quel effet cela vous fait-il ? », a demandé Nuriye Akman. « Il n'y a aucune pression psychologique des médias sur moi. Je veux rester moi-meme. C'est un devoir envers Metin. Metin m'a redonné la vie. Metin m'a fait don de la parole », répond Fadime.

A une question de Nuriye Akman sur son rapport avec les policiers, Fadime dit son amertume. A ce jour (février 1998), pas un policier, pas une organisation policière ne l'a approchée, ni elle ni ses enfants, pour partager un peu leurs souffrances. « Un jour un policier m'a présenté ses condoléances. Je n'ai pas répondu. Il y a peut-être des policiers bien. Mais moi je ne le ressens pas comme ça. Par pour moi. Lors du procès, je n'ai jamais été face à face avec les accusés. Je ne pourrais pas, je m'évanouirais. Je ne peux m'empêcher de me demander : est-ce qu'ils sont vraiment en prison ? S'ils y sont, quelles sont leurs conditions de détention ? Sont-ils vraiment traités comme les autres prisonniers ? ». Meryem tempère un peu et rapporte une rencontre avec « un flic bien » lors d'un contrôle.

C'est que la colère froide envers les policiers exprimée par Fadime est un doigt accusateur pointé vers le bourreau tant que celui-ci n'est pas sanctionné à hauteur du crime commis, et tant que le crime n'est pas considéré comme tel. Si tuer un homme à coups de matraque et de brodequins n'est qu'un abus de pouvoir ou même un homicide « involontaire », comment attendre des proches des victimes autre chose que rage et ressentiment ? Comment empêcher de nuire des fous qui se prennent pour le bras de l'Etat ? Et comment pacifier la société, dans ce cas 18 ? Car les attaques, contre Fadime et ses enfants ne leur ont pas été épargnées, comme l'odieuse destruction de la pierre tombale de Metin, le 29 mai 1998. Les vandales avaient laissé un message au cimetière : « Si dimanche ce monument n'est pas enlevé, nous le ferons nous-mêmes » ; et ils l'ont fait. « 'Ils' ne supportent pas mon frère, même mort », dit Ihsan ; « La menace n'est pas dirigée contre la famille, dit Meryem ; à mon avis c'est une menace dirigée contre toute la société » 19.


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Milliyet, 30 mai 1998. Photo Ümran Avcı


 

Mais Fadime Ana n'a jamais cessé, par la suite, d'être une « femme de combat ». « Désormais je ne peux plus rester un seul jour à la maison. » Elle est toujours debout, de toutes les mobilisations, avec les mères de disparus, avec les journalistes poursuivis, emprisonnés, assassinés. Aujourd'hui, elle soutient Nedim Sener et Ahmet Sık.

Metin Göktepe restera dans les mémoires justement parce qu'il était un quasi inconnu, un sans-grade assassiné par des sans-grade. C'est pourquoi il est emblématique. On ne lui a pas laissé le temps de devenir un grand journaliste d'investigation comme Ugur Mumcu, ou un responsable de presse comme Abdi Ipekçi. Il n'a pas procédé à des enquêtes approfondies sur des sujets brûlants ; il l'aurait peut-être fait si on l'avait laissé vivre. Il n'a donc pas été une cible des extrémistes, mais simplement la victime du travail d'information quotidien, qu'on traite à coups de pieds. Les policiers ont frappé pour deux raisons : les circonstances d'abord, puisqu'il s'agissait pour la presse de couvrir un événement malgré le bouclage, informer envers et contre tout ; l'événement était les obsèques scandaleuses d'hommes tués de façon scandaleuse. L'autre raison est qu'un policier se sent protégé, que la police se sent protégée, depuis toujours ; le sentiment d'impunité est constitutif de la condition policière. C'est pourquoi le procès d'Afyon, malgré la légèreté des peines prononcées, a été un début important.

L'affaire a coïncidé aussi avec la magnifique naissance d'un vaste mouvement de société civile, elle y a contribué aussi. Et des « acteurs » sont apparus qui étaient jusqu'alors invisibles dans le champ politique, comme Fadime Ana mais aussi toutes les « mères du samedi » ; et d'autres acteurs comme Nail Güreli et les associations comme la TGC qui, indépendamment des partis et des cercles de pouvoir, ont réussi par leur travail et la justesse de leur combat à faire prévaloir leur cause.

 

Notes

1Rien que dans la profession journalistique, 49 tués de 1974 à 2007. Voir la liste sur le site metingoktepe.com.

2Selon le site de l’association « Article 19 », http://www.unesco.org/bpi/fre/3mai99/3.htm.

3 Leurs déclarations sont sur http://www.metingoktepe.com/davahakkinda.php.

4Nail Güreli a été président de la TGC de 1994 à 2001. Il a fait partie des rédactions de Hürriyet et Milliyet, et a été désigné comme « journaliste de l'année » en 1959.

5« Susma sustukça sıra sana gelecek ! ». Cumhuriyet, 24 janvier 1997. La première occurrence de ce slogan que j'ai personnellement observée se situe à Hacıbektas-ı Veli, lors des célébrations alevi du 18 août 1996, pour protester contre la venue du ministre de la culture Ismail Kahraman.

6Cumhuriyet, 25 janvier 1997.

7 Cf. Hasan Pulur, « Sürekli aydınlık için bir dakika karanlık », Milliyet, 1 février 1997.

8Egalement auteure d'une des premières enquêtes sur la guerre au Kurdistan turc, Mehmedin Kitabı. Güneydogu'da Savasmıs Askerler Anlatıyor, Istanbul, Metis, 1999.

9Affaire relativement encourageante que celle d'Isik Yurtçu, car il avait été condamné en décembre 1994 à 15 ans de prison ; mais il a été libéré le 15 août 1997, preuve que la mobilisation, parfois, porte ses fruits : Yurtçu avait reçu le prix Reporters Sans Frontières en prison en décembre 1996.

10 Journaliste, membre du Comité directeur de Hürriyet, assassiné le 7 mars 1990.

11Sabah, 8 janvier 1998 ; Cumhuriyet, 9 janvier 1998.

12Cumhuriyet, « Susurluk raporu'nun tam metni », du 28 janvier au 3 février 1998 ; et Kutlu Savas'ın hazırladıgı Susurluk Raporu, Istanbul, Supplément au quotidien Radikal, s.d. [1998], 95 p. Egalement en ligne sur Internet : http://www.kovan.ceng.metu.edu.tr/~erol/ses/susurluk/Susurluk__Kutlu_Savas'in_Raporu.html.

13Milliyet, 10 avril 1998.

14Nazım Alpman, « Göktepe ödülü hepimizin ! », Milliyet, 12 avril 1998, et Cumhuriyet, même date.

15 On trouvera sur You Tube de nombreuses interprétations de cette chanson de Muharrem Akkus, et les paroles sur http://www.turkudostlari.net/soz.asp?turku=689.

16Nuriye Akman, « Metin'den önce Metin'den sonra », Sabah, 8 février 1998.

17Ce terme désigne la naissance d'un prophète, comme Mahomet ou Jésus. En turc, « avant le milad » ou « après le milad » (Milattan önce, milattan sonra) signifie « avant ou après J.C. ».

18Sur le ressentiment éprouvé par les victimes ou proches de victimes, lire Jean Améry, Par-delà le crime et le châtiment. Essai pour surmonter l'insurmontable, traduit de l'allemand par Françoise Wuilmart, Arles, Actes Sud, 1995 (première édition allemande, 1966).

19Milliyet, Yeni Yüzyıl, 30 mai 1998. La destruction de sépulture est un mode d'expression tristement banal chez les ultra-nationalistes et les islamistes, comme le montre le saccage systématique des cimetières orthodoxes de Chypre, dans la partie occupée par l'armée turque.

Par Etienne Copeaux
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 11:37

L'un de mes derniers articles portait sur la mort tragique de Metin Göktepe, en janvier 1996. Depuis le coup d'Etat de 1980, 42 journalistes ont été tués en Turquie. Metin Göktepe était le 26e de la série. Le 27e, en juillet 1996, fut Kutlu Adalı, assassiné à Chypre.

En 2001, j'avais publié dans CEMOTI un bref article sur l'un de ses livres, qui est un vrai tableau de la vie chypriote turque dans les années soixante, Dagarcık ("La Besace"). On peut désormais le lire en cliquant sur ce lien.

 



Par Etienne Copeaux
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 09:39

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Le rapport 2012 de Human Rights Watch est paru (http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/wr2012.pdf). Sur la Turquie, il s'agit des pages 503 à 509.

Turkey

(pp. 503-509)

 

As the Justice and Development Party (AKP) government focused on promoting Turkey’s regional interests in response to the pro-democracy Arab Spring movements, human rights suffered setbacks at home. The government has not prioritized human rights reforms since 2005, and freedom of expression and association have both been damaged by the ongoing prosecution and incarceration of journalists, writers, and hundreds of Kurdish political activists.

After winning a third term in office with a historic 50 percent of the vote in the June 12 general election, Recep Tayyip Erdoğan’s AKP government again pledged to embark on a complete revision of the 1982 constitution. Rewriting the constitution to further human rights has been a recurring political discus- sion since the 2007 general election.

The government’s “democratic opening,” announced in summer 2009 to address the minority rights of Kurds in Turkey, did not progress. Ground-break- ing negotiations between the state and the armed, outlawed Kurdistan Workers’ Party (PKK) to reach a settlement to end the ongoing conflict collapsed. In July violence escalated with the PKK stepping up attacks on the military and police, and the Turkish government in August launching the first aerial bombardment of PKK bases in Iraqi Kurdistan since 2008. Among a rising number of attacks on civilians were two on September 2: an Ankara bombing by the Kurdistan Freedom Falcons (TAK)—a PKK-linked group—which killed three, and a PKK attack on a car that killed four women in Siirt.

The non-resolution of the Kurdish issue remains the single greatest obstacle to progress on human rights in Turkey.

Turkey provided camps for around 7,500 Syrian refugees who had fled the Syrian government’s crackdown on demonstrators. Access to camp residents was restricted, as was the residents’ movement.


Freedom of Expression, Association, and Assembly

While the last decade has demonstrated momentum in Turkey for increasingly open debate on even controversial issues, Turkey’s laws, prosecutors, judges, and politicians still lag behind. Turkey’s overbroad definition of terrorism still allows for arbitrary imposition of the harshest terrorism charges against individuals about whom there is little evidence of logistical or material support for ter- rorism or of involvement in plotting violent activities. Prosecutors frequently prosecute individuals for non-violent speeches and writings. Politicians sue their critics for criminal defamation. Courts convict with insufficient consideration for the obligation to protect freedom of expression. A comprehensive review of all existing laws that restrict freedom of expression is overdue.

Particularly concerning was the March arrest and imprisonment on terrorism charges of two journalists, Ahmet Şık and Nedim Şener, and of academic Büşra Ersanlı and publisher Ragip Zarakolu in October. Şık and Şener are charged with aiding and abetting the Ergenekon organization, a criminal gang charged with coup-plotting against the AKP government. The sole evidence against Şık and Şener is their non-violent writing, in Şık’s case consisting of an unpub- lished manuscript. At this writing the two had spent eight months in pre-trial detention, awaiting their November trial.

Ersanlı and Zarakolu will face trial in 2012 for alleged links with the Unıon of Kurdistan Communities (KCK/TM), a body associated with the PKK leadership. They were arrested during a clamp-down on the pro-Kurdish Peace and Democracy Party’s (BDP) legal political activity, which began in April 2009 and intensified in 2011. Hundreds remain in pre-trial detention and thousands are on trial on terrorism charges after waves of arrests of officials and activist members of the BDP (which won 36 independent seats in the June 2011 general election) for alleged KCK links.

There was little progress in the main Diyarbakir KCK trial of 153 defendants, which included six BDP mayors and a human rights defender held in pre-trial detention for 22 months. Defendants insisted on conducting their defence in Kurdish but this was rejected by the court.

In August the government revised a plan to impose obligatory filtering packages on all internet users and delayed implementation of optional filtering packages, following forceful public opposition in Turkey and by international bodies, including the OSCE and the Council of Europe. However, the practice of blocking an estimated 15,000 websites in Turkey—most of which have pornographic content but some of which are restricted for pro-Kurdish or other political con- tent by order of the Telecommunications Ministry and court decisions—raises concerns about restrictions on the right to freedom of expression and access to information.


Violence against Women

In May Turkey took the important step to uphold women’s rights in the interna- tional arena by becoming the first signatory to the Council of Europe Convention against Domestic Violence and Violence against Women. However, there remains a pressing need to address the domestic rights deficit for women in Turkey. Violence in the home is endemic, and police and courts regularly fail to protect women who have applied for protection orders under the Family Protection Law. Reports of spouses and family members killing women rose in 2011.


Torture, Ill-Treatment, and Lethal Force by Security Forces

Police violence against demonstrators is still a serious problem in Turkey, requiring more resolute action from the government. Too often the authorities mask the problem by investigating demonstrators for resisting police dispersal, joining unlawful demonstrations, or terrorist propaganda, rather than investigating allegations of police abuse or investivating senior officers for the conduct of officers under their authority. In 2011 there were also reports that police beat detainees during arrest.

During an anti-AKP government demonstration in the Black Sea town of Hopa on May 31, retired teacher Metin Lokumcu died of a heart attack after excessive tear gas exposure. Doctors documented injuries on individuals who reported being beaten and ill-treated by police during the demonstration’s dispersal and in detention. Some police officers also sustained injuries. Five demonstrators are on trial for participating in an unlawful demonstration, resisting police, and damaging public property. Seven were acquitted of terrorist propaganda in September. The investigation into police ill-treatment is ongoing.

Use of firearms by police and the gendarmerie remains a matter of concern, particularly against unarmed suspects. There was no progress on tightening rules governing use of force.


Combating Impunity

Increasing public discussion of the past and emerging new information on past crimes means there are opportunities for criminal investigations into human rights abuses by state actors in the 1980s and 1990s. The government needs to support the process, take steps to reform deficits in Turkey’s criminal justice system, and strengthen fair trial standards. Great obstacles remain to securing justice for victims of abuses by police, military, and state officials.

The most significant attempt to bring justice to the state perpetrators of extraju- dicial killings and enforced disappearances continued with the ongoing trial in Diyarbakır involving a now-retired colonel, village guards, and informers for the murder of 20 individuals in Cizre, Şırnak, between 1993 and 1995.

In March former police officer Ayhan Çarkın spoke publicly for the first time and later testified before a prosecutor about his involvement in a special operations unit committing political assassinations of named Kurds and leftists in the 1990s. Çarkın alleged the unit acted under government orders and with its collusion. In June he was remanded to prison pending trial after claiming involve- ment in four killings; the prosecutor’s investigation continued at this writing.

In September Mehmet Ağar—a former police chief, interior minister, and parliamentarian implicated in Çarkın’s testimony—received a five-year prison sentence for forming an armed criminal gang involving state actors and mafia. Proceedings against Ağar began with the evidence of state-mafia activities, which were revealed after a 1996 traffic accident near Susurluk, western Turkey. Until 2007 Ağar was protected from prosecution by parliamentary immunity. He has appealed the conviction and remains at liberty.

Trials continued of alleged anti-AKP coup plotters, made up of senior retired military, police, mafia, journalists, and academics, and know as the “Ergenekon” gang. One of the most important advances in 2011 was circum- stantial evidence pointing to Ergenekon gang involvement in the 2007 murder of three Christians in Malatya. However, the prolonged pre-trial detention of some Ergenekon defendants, and the prosecution of Şık and Şener risk under- mining this important effort to combat impunity.

There was no progress in uncovering the full plot behind the January 2007 murder of journalist Hrant Dink, although in September the prosecutor suggested that the main suspects—who face possible life imprisonment—may have Ergenekon gang connections. In July the gunman Ogün Samast, who was 17- years-old at the time of the murder, received a 23-year prison sentence.


Key International Actors

There was little progress in Turkey’s bid for European Union membership in 2011. Accession negotiations remained stalled over Cyprus, the Turkish government’s undertaking of too few reforms, the lack of opening a new chapter in the negotiations in 2011, and leading EU member states continued hostility towards Turkey’s accession. The AKP focused more on building a dynamic regional foreign policy. The European Commission, in its annual progress report, highlighted flaws in Turkey’s criminal justice system, fair trial issues, and restrictions on freedom of expression and media; emphasized that “promoting gender equality and combatting violence against women remain major challenges”; and deemed the wide definition of terrorism in Turkish law a “serious concern.”

The United States government remains an important influence on Turkey, sharing military intelligence on PKK movements in northern Iraq. The US has raised particular concerns over Turkey’s record regarding freedom of media and expression.

Following its November 2010 review of Turkey, the United Nations Committee against Torture voiced concerns about the failure to investigate “numerous, ongoing and consistent allegations concerning the use of torture” and asked Turkey to report again in a year regarding steps taken to address the problems identified. In September Turkey ratified the Optional Protocol to the UN Convention against Torture.

In a July report the Council of Europe commissioner for human rights termed the situation in Turkey with respect to freedom of expression and media freedom “particularly worrying.”

Par Human Rights Watch Report 2012
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 10:23

 

Une militante des droits de l'Homme à Istanbul nous a fait parvenir la dans la nuit du 13 au 14 janvier 2012 ce communiqué urgent :

« Ce matin (13 janvier 2012), une nouvelle et vaste opération policière a visé cette fois les milieux syndicaux, les ONG ainsi que les sections départementales et locales du BDP [Barıs ve Demokrasi Partisi - Parti pour la paix et la démocratie]. La police a perquisitionné depuis le matin jusque tard dans la soirée, ce qui signifie qu'elle veut trouver, ou sinon inventer des « preuves » pouvant servir de prétexte à la fermeture du parti.

Chose extrêmement inquiétante, le bureau de la Ligue des droits de l'Homme (IHD) de Diyarbakır a été attaqué par des équipes de la « lutte anti-terroriste » (Terörle Mücadele Subesi), et à Istanbul, à peu près tous les responsables des sections locales du BDP ont été mis sous les verrous.

Pour ce qui est des ONG, le KESK (Kamu Emekçileri Sendikaları Konfederasyonu) est notamment visé. C'est une importante confédération syndicale de fonctionnaires qui comprend des dizaines de milliers d'adhérents, très puissante, qui joue un important rôle d'opposition, et qui soutient activement les droits des Kurdes. Toutes les sections du KESK ont été visées et de nombreuses personnes ont été arrêtées.

A tout moment la Ligue des Droits de l'Homme à Istanbul peut être la cible d'une « opération » policière.

Le pouvoir a décidé de bloquer l'opposition pro-kurde sur la plus vaste échelle possible, de manière à intimider et rendre impuissantes les organisations de l'opposition civile, jusqu'à la supprimer totalement pour isoler les Kurdes.

Ce n'est plus seulement « la question kurde », c'est la démocratie, l'état de droit et tous les droits de l'homme qui sont menacés."

 

 

 

 

Par Etienne Copeaux
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 09:34

 

      (et ne manquez pas de lire ce remarquable article "Je vais te présenter ces morts que tu as assassinés" sur yollar.blog)

 

Rapport sur le massacre des villageois de Gülyazı (Bujeh) et d'Ortasu (Roboski), région d'Uludere (Qileban), département de Sırnak

3 janvier 2012

 

L'incident : le 28 décembre 2011, entre 21 h 30 et 22 h 30, 35 personnes, tous des hommes, dont 17 mineurs, ont été tués lors d'une attaque aérienne de l'aviation turque visant un groupe qui avait transgressé la frontière entre la Turquie et l'Irak. Une autre personne a été blessée et deux autres ont survécu sains et saufs. Le groupe retournait en Turquie dans les alentours de Gülyazı (Bujeh) et Ortasu (Roboski), district d'Uludere (Qileban), département de Şırnak.

 

Objectifs : Les buts de la commission des droits humains sont de s'entretenir sur le massacre, avec les survivants, les proches des défunts, les témoins s'il y a lieu, et avec les autorités ; de préparer un rapport à la lumière des informations recueillies ; de contribuer à révéler la réalité matérielle des faits par l'envoi du rapport aux institutions compétentes et à leurs représentants ; de permettre à l'opinion publique d'accéder à des informations établies, et d'exiger une enquête qui devra déterminer qui sont les responsables.

 

Constitution de la Commission : Dès que l'incident a été connu, soit à 9 heures le 29 décembre 2011, et après consultation des branches locales, les sièges centraux de la Ligue des droits de l'Homme (Insan Hakları Dernegi, IHD) et de l'Organisation des droits de l'Homme et de la solidarité pour les opprimés (Insan Hakları ve Mazlumlar için Dayanısma Dernegi, MAZLUM-DER) ont décidé de constituer une première commission. Cette Commission est arrivée sur les lieux de l'incident dans l'après-midi du même jour.

Lire la suite (en anglais)

Par Etienne Copeaux
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